Vanessa Hidden    
 

C'est toujours ça de pris

   
 

Théatre de l'île Saint Louis (Paris), les 9,10, 23 et 24 novembre 2007

Récitals
  Vanessa Hidden (chant), Tristan Michel (piano), Stéphane Ly-Cuong (mise en scène)
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Surtout ne pas faire attention à l'affiche, qui cherche davantage à courir après l'air du temps qu'à donner une idée fidèle d'un spectacle parvenant à faire revivre les chansons de Marie Dubas, d'Yvette Guilbert et d'Yvonne Printemps sans singerie nostalgique ni recherche effrénée de la nouveauté ou du moderne... Il y a d'abord le parfait et minuscule écrin du Théâtre de l'Ile Saint Louis, bien exploité par mademoiselle Hidden et son metteur en scène, Stéphane Ly-Cuong, qui a su rédiger de courts textes de liaison projetant les chansons dans le contexte du XXIème siècle (y sont évoqués les Dieux du Stade ou les sous-vêtements La Perla...) sans forcer leur nature ni tomber dans le registre vulgaire du café-théâtre. Mais cette capacité à trouver la bonne distance, et le bon ton, est essentiellement le fait de l'interprète, de son jeu à la fois candide et expert, et de son comique très particulier, qui fait un peu penser à celui de Valérie Lermercier aujourd'hui ou de Jacqueline Delubac hier. Car tenue, maintien, diction et humour donc, rapprochent davantage Vanessa Hidden des plateaux et des scènes de Guitry que du caf'conc ou du music-hall dont pourtant, paradoxalement, le répertoire lui convient beaucoup mieux : si la jeune interprète ne parvient pas à faire des chansons d'Yvonne Printemps, la femme de Guitry, autre chose que des numéros assez convenus et désuets ("La Saison d'amour", sans charme, "Les Chemins de l'amour", empesé), elle recrée magnifiquement en revanche celles de Guilbert et de Dubas, grâce notamment à son art de faire sonner les mots et les phrases avec une clarté, une précision et un esprit rares. Car bien que notre soprano n'hésite pas à ajouter quelques ornements délicats ou délicatement drôles, ni à donner de la voix quand c'est nécessaire, on ne perd jamais une miette du texte, Vanessa Hidden sachant jouer de très courtes pauses pour isoler ou faire résonner un mot sans néanmoins interrompre le flux. "Pedro !" en est le meilleur exemple, qui voit Hidden rejoindre la fantaisie de Dubas grâce encore une fois à sa diction mais aussi à un humour moins explicitement déjanté que celui de sa créatrice - mais tout aussi direct. Son "Tango stupéfiant" ne nous fait pas oublier celui de Marie Möör, plus ambigu et plus profond, mais il parvient néanmoins, lui aussi, à être personnel tout en restant fidèle. D'Yvette Guilbert, outre un subtil "J'm'embrouille" et un hilarant "Je suis pocharde" , on retiendra un "Madame Arthur" simple, rapide, sans effets vocaux, sans le ralentissement habituel qui est censé mettre en valeur les sous-entendus (sur le "Je ne sais quoi" surtout), bref sans aucun des moyens utilisés par Guilbert, qui soulignait génialement chaque mot, texte et sous-texte... et pourtant parfaitement réussi. Tout comme "Quand on vous aime comme ça", extraordinaire pastiche de chanson réaliste, qui est attaqué sur le mode comique, puis gagne très vite en ambiguïté, si bien que du rire on passe subtilement à un sourire un peu amer, sans néanmoins quitter l'humour - ce qui constitue une manière de tour de force et prouve que la jeune interprète possède une intelligence du texte certaine. Et l'on se dit alors qu'un jour ou l'autre Vanessa Hidden saura aussi faire des airs d'Yvonne Printemps de véritables numéros, loin de la bluette ou de la romance.
Une heure seulement pour cet hommage plein d'esprit. Une heure c'est court, mais c'est toujours ça de pris.

   
 

   
 

Didier Dahon , novembre 2007