Valérie Mischler    
 
Valérie Mischler chante Dimey
 
  Petit Gymnase (Paris), du 5 juillet au 1er septembre 2007 (jeudi, vendredi, samedi)
Récitals
  Avec Catherine Bedez au piano
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Il y a deux mythologies attachées au nom de Bernard Dimey : celle du "grand poète montmartrois" méconnu et génial, et celle avec laquelle il sut lui-même magnifiquement jouer dans ses chansons, la mythologie des filles, des pierreuses, des demi-mondaines, des apaches, des cabarets... Valérie Mischler, dans son spectacle entièrement consacré à Dimey, s'approprie la seconde sans se laisser trop impressionner par la première, qu'elle évoque néanmoins par petites touches entre les chansons. Elle possède d'ailleurs presque tout pour faire revivre le Paris d'Epinal que l'affiche montrant la chanteuse en bas noirs dans un sous-la-neige avec Moulin rouge et Tour Eiffel obligés, annonce fidèlement : la gouaille, la répartie, surtout l'abattage, devenus assez rares malheureusement. Elle ne craint pas de "donner de sa personne", comme on dit, et d'investir les numéros comiques avec une conviction, une force, une ingénuité qui forcent l'estime, tant ils sont éloignés de l'insupportable, avare et desséché second degré qu'on nous sert trop souvent en guise d'humour. Valérie Mischler investit complètement la scène et, respectueuse de son public, paie comptant, d'abord grâce à son corps, dont elle joue parfaitement, et dont elle sait qu'il est, en matière de comique, et même de music-hall, l'élément premier : gestes furtifs, déhanchements sensuels, coups de talon rageurs, danses diverses et variées (nous aurons même droit à un cancan, avec robe et aigrette)... parfois tout cela à l'occasion d'un même titre, comme pour "Le cul de ma soeur", hilarant, ou "La dame aux camélias", texte génial que Valérie Mischler a fait mettre en musique par sa pianiste, et dont elle fait un numéro digne de Marie Dubas. Une pianiste qui se révèle d'ailleurs petit à petit, conformément à la tradition, plus qu'une accompagnatrice : une duettiste, et ce par la seule grâce de sa présence discrète et de sa mine étonnée ou rêveuse qui contrastent avec l'extraversion de la chanteuse-comédienne.
Cette force comique pleine, entière, simple, n'empêche pas la finesse, comme l'interprétation de "Frédo" le prouve, ou celle de "La femme du marin", a priori amusante prière d'une femme de marin qui demande à la mer de garder un mari dont elle ne veut plus, à laquelle Valérie Mischler confère néanmoins une ambivalence aigre-douce aussi inattendue qu'appréciable. Une telle réussite fait d'autant plus regretter que la chanteuse ne se préoccupe pas davantage de sa voix, ou plutôt de son chant, dont les insuffisances en terme de couleur et de phrasé sont particulièrement perceptibles dans le répertoire sérieux, où Valérie Mischler a du mal à nous émouvoir, malgré un très beau timbre (dont bizarrement on perçoit bien mieux la spécificité sur le disque que sur la scène du Petit Gymnase). Mais peut-être est-ce aussi la faute de Dimey et de ses compositeurs, parfois un peu moins convaincants ("Si tu me payes un verre", dont la musique en particulier (signée Chris Carol) est d'une "larmoyance" trop proche de celle de "Ne me quitte pas"...) ?
Quoi qu'il en soit, Valérie Mischler chante Dimey est l'une des rares occasions de jouir d'un monde révolu, fantasmé autrefois par le barbu du Lux-bar et restitué aujourd'hui par une véritable artiste de music-hall.

   
 

   
 

Didier Dahon, juillet 2007