Simone Tassimot    
  Chansons (2003)
 
 
 
   
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Interpréter, c’est d’abord savoir choisir ses chansons, et dans ce domaine Simone Tassimot, pour son premier album, ne se trompe pas: elle se sert, dans un répertoire très étendu qui va des chansons ultra-connues ("La foule", "Milord"…) à des perles plus confidentielles ("La Mort me hante" de Colette Magny et Lino Leonardi, "Deux heures à tuer" de Caussimon et Popp).
Interpréter, c’est aussi savoir susciter le désir chez un auteur, et là encore, Simone Tassimot tombe juste avec "Lisbonne Mélodie" (A. Pozzuoli / M. Litwin), qui nous entraîne dans une errance mélancolique proche du fado. La beauté de la musique, la justesse des arrangements et la diction à la fois âpre et extrèmement douce de l'interprète tranforment le cliché en mystère: "Comme un héros de Pessoa / Je marche au gré de Baïcha / En espérant croiser tes pas / Mais je ne te rencontre pas / À Lisbonne il n’y a plus personne / Et c’est toute ma vie qui s’en va / Sur ce fado de Lisboa / Lisbonne, mélodie ". (L'autre composition originale, "Lady day", tentative jazz, est un peu moins convaincante).
Enfin interpréter, c’est, comme le disait Cora Vaucaire, permettre aux chansons de "changer de formes et de couleurs ". Et en la matière, Simone Tassimot n'hésite pas: elle se les approprie, les digère et les restitue d'une façon aussi neuve que personnelle, à tel point que l'on a parfois l'impression d'entendre les chansons pour la première fois. Ainsi sa version de "La Foule", qui prouve par ailleurs que l’art véritable de la chanson n’est pas dans le coffre, encore moins dans le cri ou les emportements faciles, mais dans le phrasé et la variété des couleurs: écoutez comment Simone Tassimot éclaire soudainement, et avec presque rien, les mots du deuxième couplet ("Et la joie éclaboussée par son sourire / Me transperce et rejaillit au fond de moi ") avant de "voiler" son timbre pour le refrain. Même relecture pour ce "Temps des cerises", que l'on croyait connnaître par coeur, mais qu’on ne faisait que fredonner: Simone Tassimot l'interprète a capella, à mi-chemin de son album, et ce qui aurait pu n'être qu'une pause un peu convenue, devient le climax d'un récital parfaitement composé, son centre mystérieux, quasi religieux. Quant au "Mallo Mallory" de Gainsbourg, Simone Tassimot lui rend tout son sens tragique, mais aussi toute sa verve ironique (admirablement soulignée par le saxophone), conformément à l'intention première de son auteur, qui avait voulu faire un pastiche de chanson réaliste - et très loin donc de Régine, la créatrice, qui fit le contresens de la chanter au premier degré, sans distance.
De telles interprètes n'apparaissent que très rarement, et que leur premier disque leur rende à ce point justice, soit aussi accompli (il faut insister sur la qualité des arrangements et des musiciens - l’accordéon de M.Glasko est presque l’écho de sa voix), voilà qui aujourd’hui est proche du miracle.

   
       
  Didier Dahon, septembre 2004    
       
  1 Lisbonne mélodie (A.Pozzuoli/M.Litwin) 3’26
2 La fête est finie (J.Schachtel/Adapt : P.Delanoë) 2’49
3 Deux heures à tuer (J.R.Caussimon/A.Popp) 2’14
4 Miss Otis regrets (L/Patex/C.Porter/adapt : L.Henneve) 2’29
5 La fin du bal (M.Vlady/adapt : M.Leforestier) 4’27
6 La mort me hante (C.Magny/L.Leonardi) 1’56
7 Le temps des cerises (J.B.Clément/A.Renard) 2’17
8 Rue des petits pas (M.Coudriou/A.Royon Leméé/M.Coudriou) 1’38
9 Mallo mallory (S.Gainsbourg) 3’03
10 Milord (G.Moustaki/M.Monnot) 3’17
11 L’aquoiboniste (S.Gainsbourg) 2’17
12 Lady day (A.Pozzuoli/P.Cholley) 2’15
13 Chanson pour la pente (C.Le Masuet/G.Pierron)
14 La foule (M.Rivegauhe/A.Cabral) 2’46
   
       
  Arrangements: Pascal Berne
Accordéon: Michel Glasko
Contrebasse, tuba: Pascal berne
Piano: Frédérick Manoukian
Saxophones: Jean-Charles Richard
   
  Photo: Ph. Cibille
Photo montage: G. Thoreau
   
  CD Le Loup du Faubourg LFG 069