Pascale Borel    
  Cabaret Essaïon (Paris), les 11,12, 24, 25 et 26 janvier 2008
Récitals
  Marie Lefebvre à la flûte, Eryk Amah à la guitare, Philippe Casabianca aux percussions et Jérémie Lefebvre
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Légère inquiétude en descendant les marches de l'escalier de l'Essaïon, petit temple récent de la chanson (Annick Cisaruk y chante son Barbara depuis presque deux ans : cela suffit à créer la légende d'un lieu), avec voûtes, fauteuils rouges et coupures de presse photocopiées au mur : comment Pascale Borel, la plus pure incarnation de la pop française depuis plus de vingt ans, allait-elle passer du disque et de l'image photographique (Pierre et Gilles) à l'atmosphère confinée d'une cave - et surtout à la scène ? Car les planches sont souvent ingrates aux chanteurs pop (que ceux qui ne se sont jamais endormis pendant un concert d'Etienne Daho se manifestent) qui ne gagnent rien à se soumettre aux lois d'un exercice qui leur est la plupart du temps fondamentalement étranger. Pourtant, sans même chercher à se protéger derrière un décorum familier (pas de costume coloré à la Fifi Chachnil mais un ensemble jupe et chemisier noirs, et une guirlande de roses enroulée au pied du micro pour tout décor), Pascale Borel s'est lancée dans le vide avec une candeur et une ingénuité renversantes, toutes deux propres à ceux qui suivent leur chemin le sourire aux lèvres, fidèles à leur monde.
Pascale Borel aurait pu, par exemple, faire l'impasse sur ses chansons dance-pop synthétiques, ou les réarranger de manière à ce qu'elles se fondent dans un ensemble acoustique plus approprié au lieu, d'autant qu'elle dispose d'un très beau petit trio de musiciens (guitares, percussions et flûte traversière). Mais non : "J'aime tellement Proust" (en début de concert, un peu tendu) et "Alicante" (grisant finale où Kant et les Pet Shop Boys se croisent), tout comme les plus récents "Je te veux" et "Poisson rouge", sont chantés sur une bande avec leurs arrangements synthétiques d'origine - et à pleine voix. Car Pascale Borel, c'est la flûte traversière et la boîte à rythme, le chuchotement et la gorge déployée, Proust et Mylène Farmer (cf. les effets d'écho sur "Poisson rouge", qui font penser aux remixes de Farmer des années 80...), le temps suspendu (sublime middle eight de la reprise du "Into the groove" de Madonna) et l'oubli joyeux du corps qui voudrait danser sous les voûtes de pierres... Qui ose ce grand écart-là le même soir, dans le même souffle, et surtout sans jamais donner l'impression de poser, de forcer ni seulement d'oser ?
Les textes écrits par Jérémie Lefebvre sont de la même eau ambivalente, et Pascale Borel rend sur la scène parfaitement justice à leurs reflets doux et amers, sans presque rien faire d'ailleurs, sans chercher à interpréter : l'avant-dernier couplet du "Sourire de la standardiste" est d'autant plus déchirant que Pascale Borel n'en souligne aucun trait, tout comme "Si j'étais une vache", que Pascale Borel chante sur le fil, en perpétuel et miraculeux équilibre entre naïveté, bucolisme et désespoir.
Parfois la douceur souriante devient comique et le rire alors se mêle à l'amertume, comme avec les deux nouvelles chansons "Moyennement amoureuse" et "Rater ma vie", ou "Vivre sans moi", un numéro de séducteur narcissique abandonné que Jérémie Lefebvre chante seul, juste après la reprise totalement inattendue d'un titre de Marie-Paule Belle, "La Petite écriture grise", tableautin des mystères du bonheur banal que Pascale Borel révèle en l'empêchant de sombrer dans le cliché : c'est Mallet-Joris sauvée par Candide, l'exercice de style compassé transformé par la fraîcheur, laquelle non seulement dévoile, mais aussi autorise tous les risques, tous les changements d'humeur, toutes les polysémies, tous les passages, de l'artichaut cru à la barbapapa. Ou de Lio, qui sort du public et monte sur la minuscule scène pour deux duos ("Aux hommes", bel inédit que Jérémie Lefebvre a écrit pour le prochain album de Lio, et vraiment sur mesure ; et "L'Autre joue", le classique de Jacques Duvall et Jérôme Soligny), à Apolline Daumer, qui doit avoir à peu près l'âge de la chanson qu'elle chante avec Pascale Borel, le merveilleux "12 ans", et qui entre naturellement, tout comme son illustre aînée, dans le monde-Borel (comme on dit le Demy-monde). Un univers que l'on retrouve donc intact sur les planches, et même parfois davantage : "Oserai-je t'aimer ?" était un très beau duo sur le disque du même titre, il devient un instant de grâce comique et amoureuse bouleversant.
Pascale Borel la débutante évite les écueils sur lesquels ont buté la grande majorité de ses pairs pop qui se sont risqués à la scène. Souriante, discrète, l'air de rien, elle est en train d'élaborer dans la petite salle de l'Essaïon la formule magique du concert pop.

   
 

   
 

Jérôme Reybaud, janvier 2008

   
       
 
 

Le 11 janvier :

Tout entier

J'aime tellement Proust
Into the groove
Rater ma vie
Oserai-je t'aimer ? (en duo avec Jérémie
Lefebvre)
Le Sourire de la standardiste
Aux hommes (en duo avec Lio)
L'Autre joue (en duo avec Lio)
Si j'étais une vache
Sur ton balcon
Je te veux
La Petite écriture grise
Vivre sans moi (Jérémie Lefebvre)
Moyennement amoureuse
Poisson rouge
Je veux que tu m'embrasses
Les Bordelaises
Alicante
Bis :
Aux hommes (en duo avec Lio)

Le 12 janvier :

Tout entier

J'aime tellement Proust
Into the groove
Rater ma vie
Oserai-je t'aimer ? (en duo avec Jérémie Lefebvre)
Le Sourire de la standardiste
12 ans (en duo avec Apolline Daumer)
Si j'étais une vache
Sur ton balcon
L'Autre joue (en duo avec Jérémie Lefebvre)
Je te veux
La Petite écriture grise
Vivre sans moi (Jérémie Lefebvre)
Moyennement amoureuse
Poisson rouge
Je veux que tu m'embrasses
Les Bordelaises
Alicante
Bis :
12 ans (en duo avec Apolline Daumer)
Rater ma vie