Néry    
  Belgistan (2006)
 
 
 
   
Disques
   
Sommaire
   
Accueil
 

Un ancien membre des VRP et des Nonnes Troppo, Néry, a "posé ses textes" sur une douzaine de musiques composées par une fanfare belge nommée le Belgistan... Sans même avoir écouté une seule note du fruit de cette collaboration, on a l'impression de déjà tout savoir, et on est à deux doigts de refermer l'album...
Pourtant la fanfare, loin des clichés (compositions élémentaires, amusement forcé, fausse joie systématique, voire criarde...), se montre à la fois moderne et érudite, en particulier lorsqu'elle évoque dans ses notes les plus sombres, mais sans les singer, Gainsbourg ou Bashung ("A tout prendre", "A la dérive"). Parfois la fanfare "fanfaronne" comme il se doit, mais avec légèreté, comme sur le premier titre, "Petites -M-" (hommage au chanteur M, par ailleurs arrangeur de l'album, avec Olivier Lude), dont les cuivres, soulignés par les choeurs, enchantent sans peser et font de ce morceau une manière de chanson de bal revisitée.
Néry, qui ne pouvait pas rêver mieux pour habiller ses textes, les porte d'une voix sombre et grave, mais néanmoins extrêment douce. Cette dualité donne plus de force à la sensualité de ses textes. Car Néry est véritablement un auteur sensuel. Qu'il évoque un restaurant de Pigalle où se retrouvent des tapins sur un rythme hypnotique, inquiétant aussi bien que fascinant ("Alexandre"), ou qu'il chante l'étreinte de deux corps ivres ("A tout prendre"), ou encore qu'il rêve d'un baiser de campagne sur une couche improvisée "dans un sillon de terre" ("Comme des amants banals"), Néry se révèle l'un des rares auteurs de la chanson parvenant à rendre palpables le désir, l'amour physique, le sexe, avec en outre parfois certaines fulgurances qui font penser à Marie-Josée Vilar, seule auteur à célébrer aussi pleinement le plaisir : "Appelant sur-le-champ / Un baiser à ton cou / Mes lèvres en s'accrochant / En voleront le goût" ("Balade habituelle au quartier imaginaire").
Bien sûr, quand le désir est si intense, la chair ne suffit pas, et il faut jouir de tout. Ainsi Néry offre des sensations olfactives assez rares, elles aussi, dans la chanson : "Aux essences de thym, les figuiers s'abandonnent" ("Comme des amants banals"), ou encore : "Je rentre, j'ai froid, ça sent le bouillon qu'on fait cuire / Le touron de miel et d'amandes réveille quelques passions gourmandes" ("Molitg").... Jusqu'au dernier très beau titre, "Balade habituelle au quartier imaginaire", dans lequel le chanteur évoque le bonheur simple d'aller acheter du pain, dont on partage les deux bouts avec la personne qu'on aime, avant de prendre un café à la terrasse d'un bistrot. La nonchalance de la musique convient bien à cette ballade amoureuse qui flirte finement avec les stéréotypes sans jamais les exploiter ni s'en moquer d'ailleurs, et finalement nous touche : "Aux étals du pain et des chocolatines / Se mêleront sarrasin et savantes pralines"...
Odeurs, corps, mimosas ou miel de mandarine... autant de nourritures terrestres dont on ne soupçonnait pas le Belgistan si prodigue.

   
       
  Didier Dahon, février 2007    
       
  1 Peties -M- 3'20
2 Destins croisés 3'02
3 A l'enterrement de Nougaro 3'21
4 Alexandre 3'43
5 A tout prendre 5'02
6 Penjhambal 2'42
7 Comme des amants banals 2'37
8 Molitg 2'25
9 Tarentèle déboussolée 3'24
10 Homme-objet 3'11
11 Billie bouillie 1'43
12 Balade habituelle au quartier imaginaire 3'28
   
       
  Paroles : Néry ; musiques : Le Belgistan sauf 4 (David Courtin et Benoît Bonté)    
  Le Belgistan est composé de Manuel Roland (guitares et choeurs), David Picard (trompette, bugle et percussions), Jérémie Mosseray (batterie et percussions), Manu Loriaux (basses et soubassophone), Tom Manoury (saxophone soprano et ténor en Do, guimbarde, harmonica, chant diphonique), Grégoire Tirtiaux (saxophone baryton et alto, piano et percussions)    
  Réalisation : -M- et Olivier Lude    
  Photographie : Néry    
  NB : 2 en duo avec Marie-Jo Thério ; 4 avec la participation vocale d'Ivan Tirtiaux    
  CD Roy Music / EMI 09463710292 3