Marie France    
  Le Réservoir (Paris), 8 septembre 2008
Récitals
  Avec Marc Morgan et Jampur Fraize (guitares), Pascal Schyns (basse), Geoffroy Degand (batterie) et Jacques Duvall (chant)
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Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait Marie France. C’est ce qui se produisit le soir du huit septembre au Réservoir. Le dîner presque immangeable et l’ambiance reggae, on les a vite oubliés. Ce fut comme une apparition. En haut des marches d’un escalier en colimaçon, Marie France règne sur son public, elle le domine mais elle est déjà tout près de lui, prête à se donner entièrement. C’est toujours en équilibre que se tient Marie France, entre une sensuelle fragilité et une provocante domination. Et si l’on ne sait pas saisir la concomitance du cœur et du sexe, alors on rate le pouvoir de fascination qu’elle exerce.
Il en va de même des registres qu’elle chante et dont elle joue : pendant ce concert absolument rock, en la présence de Jacques Duvall, accompagnée des Phantom (sans Benjamin Schoos remplacé par Marc Morgan), interprétant son dernier album Phantom featuring Marie France, elle n’en est pas moins douce et suave, habitée par son art du cabaret, par le travail de tant d’années gantée, en robes fourreaux et en diamants. De ces bijoux qui la recouvraient, elle a gardé le scintillement, et elle rayonne. Une fois l’escalier descendu au son de l’introduction rock, entrée qui nous laissait contempler toute la silhouette, depuis les jambes dénudées jusqu’à la magnifique et volumineuse coiffure, Marie France monte sur le bar interminable qu'elle longe juchée sur de hauts talons, tout aussi simplement – avec autant d'aisance - que les véritables meneuses de revue descendent l'escalier du Casino de Paris.
Du bar jusqu’à la scène, on peut contempler son plaisir d’être là, cette capacité incroyable à s’offrir tout en jouissant de s’offrir. Puis, au micro, c’est une énergie sans pareille, un rythme et une attaque en règle, dévastatrice de charme et de mutinerie : "Les Nanas". Chanson où Duvall pratique la pensée de derrière, par laquelle on transcende l’opposition entre misogynie et superficialité féminine pour laisser parler une femme sur les femmes. Marie France la dédie à ses « amies les femmes » et la salle rit. Qui mieux que Marie France pouvait chanter cela ? Qui d’autre que celle qu’on jalouse parce qu’elle est si belle et qu’elle plaît tant ? « J’veux bien qu’on soient copines / Les nanas pourquoi pas ? / Tant qu’elles restent à la cuisine / Les nanas, ça ira / Les nanas les nanas / Je nana je nana / Je n’apprécie pas » Et la guitare électrique dont elle s’approche pour chanter sert parfaitement la jouissive provocation de Marie France à l’encontre de toutes ses rivales vertes d’envie, qui lui font la vie dure, on veut bien le croire… Mais il suffit que Marie France se déhanche une fois devant vous, et elle a effacé toutes les autres sur son passage.
Et puis, il y a toutes les surprises : le "Happy Birthday" soufflé dans le micro comme Marilyn à son président pour l’amie Fabienne présente dans la salle. Le trou de mémoire momentané sur "Que sont-ils devenus ?", où le léger manque de confiance en sa mémoire, où la fragilité ressortent pour nous émouvoir - et comme Jacques Duvall au chœur pour cette chanson, on sourit d’une Marie France qui répond à la question « Que sont-ils devenus ? » par deux « Je ne sais plus ». Qui peut résister à cela ? Et enfin le bonheur de réentendre la fameuse "Déréglée", chanson punk-rock duvallienne qui sied merveilleusement à ce concert, pont entre le passé et le présent des deux complices. Car Marie France ne laisse ni le temps qui passe ni les difficultés agir sur elle : le rock, c’est avec révolte et amusement qu’elle s’y livre à nouveau, avec Jacques Duvall.
A cet égard la version concert de "Cracher ma bile" dépasse tout ce que l’on peut imaginer : chaque mot y est joué et travaillé, d’un niveau de langue à l’autre (« Tu n’es qu’un scélérat de la pire engeance / Mais je ne m’abaisserai pas à ruminer vengeance»), vraie tragédienne puis langue de vipère (« Y’a quelque chose qui schlingue / Et ça peut être que toi »), Marie France excelle. Comme ensuite avec l’exacerbation rock de "J’arrête", où Marie France déchaîne sa voix et son corps pour emporter la salle comme un seul homme, à la limite entre cri et chant.
Autrement dit, ce retour au rock est une réussite, et telle qu'on ose à peine la supplier de ne pas oublier les autres registres, où personne ne l’égale non plus, comme en apporte une nouvelle preuve le sublime "On se voit se voir" chanté a capella à la demande d'une spectatrice, et entonné avec tant de douceur et de recueillement qu'on est émerveillé par l'effet de contraste (et accessoirement par la virtuosité d'une interprète qui sait changer de costume vocal et sentimental si rapidement et si "naturellement"). Ou "Marie-Françoise se suicide", chanson intimiste qu'elle décide d'interpréter dans le public, au milieu duquel son art du récit semble s'inscrire soudain dans une tradition ancestrale : Marie France qui raconte doucement à quelques dizaines de spectateurs silencieux et concentrés debout autour d'elle l'histoire de cette Marie-Françoise qui met chaque soir en scène la petite comédie de son suicide, c'est un conteur du Moyen Age qui captive son auditoire sur une place de village... ou une extraordinaire comédienne qui nous projette dans Les Bonnes.
Le rock de Marie France brille des reflets les plus beaux, et les plus divers, de Genet à Médée en passant par Zizi. Pourtant on n'en a jamais vu de si pur.

   
 

   
 

Florence Chapiro, septembre 2008

   
       
 





Liste des titres

Marie France From Paris
Les Nanas
Déréglée
Que sont-ils devenus ?
Bleu
Le Chagrin et l'amour
Happy birthday Fabienne
Ma Puce
Cracher ma bile sur toi
J'arrête
Marie François se suicide
On se voit se voir
Déréglée
Il doit y avoir un truc chanté par Jacques Duvall