Marie France

Interprète, auteur, comédienne

   
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Marie France (1997)
 

Lorsque en 1997 Marie France sort un album éponyme sur lequel elle a écrit plusieurs textes, on pouvait imaginer que, lasse de jouer avec ses nombreux masques (de Marylin, d'égérie, de muse glamour etc), elle allait enfin lever un coin du voile. Mais c'était mal la connaître... En effet l'album s'ouvre sur de longues vocalises mystérieuses venues du fond de la nuit (et soutenues par des accords de guitare épars): "J'allais le long des rues / Je cherchais la lumière / Toute seule sur mon chemin...". Lynch n'est pas loin, le mystère s'épaissit, ce que confirme d'ailleurs le dernier titre de l'album, "Le deuxième tiroir", écrit par Juliette Desurmont: "Ne t'imagine pas que dans ce tiroir-là se trouve ma vie entière […] Dans le deuxième tiroir / Il n'y a pas tout mon moi". Ainsi Marie France brouille les pistes et nous abandonne dans les méandres secrets de nos propres vies...
Entre ces deux sommets de l'album, Marie France distille des indices qui nous sont plus familiers. Le glamour: "Une mèche rebelle pour cacher mon émoi / J'suis prête pour une nuit blanche / Le plus banal des coins de rue devient un vrai décor" ("Envie de continuer"); l'humour: "J'suis terrifiée sur mon plumard, je n'ose pas ouvrir les yeux / Autour de moi c'est un foutoir, il faudrait que je range un peu" ("Le p'tit bordel"); le tragique: "J'étais si bas, décidée à ne voir ici-bas / Qu'un abîme, un gouffre où d'aucun se noie / Lessivée par l'effet retard qui de part en part / Comme une lame de rasoir tranche les coeurs trahis" ("Les coeurs trahis"); jusqu'à la reprise de son philosophique "On se voit se voir", dans une version enregistrée en concert, chantée avec plus de profondeur et de nuances qu'en 1976 pour la bande originale de Barocco d'André Téchiné.
Le précedent album de Marie France était rock; ici, peut-être sous l'influence de Yan Péchin, arrangeur et compositeur de plusieurs titres, elle prend le parti de la pop. Elle en a d'ailleurs réuni l'intelligentsia: Daniel Darc, Juliette Desurmont, Jacques Duvall (qui lui offrit ses premières chansons), Marc Almond (pour une reprise en anglais de "Sherazade", déjà enregistré en français sur le maxi CD Marie et Marc), le tout mixé par Mirwais (avant Madonna). Marie France dès le deuxième titre avait prévenu: "Tout ce que je veux c'est tout / Tout tout tout, j'ai dit tout / Tout ce que je veux c'est tout / Tout de suite, j'le mérite". Et en effet, ils ont tous obéi, lui offrant une couronne: Marie France, reine de la Pop.

 
Didier Dahon, septembre 2004