Marie France    
  Les Passions de Marie France
Récitals
  La Foire de Paris (Paris), le premier mai 2008
Sommaire
 
Mise en scène Amadeo, avec Myriam Mézières, Lola, Josette Kalifa, Eliane Pine Carrington, Ginger et Fresh, Sean...
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Non loin d’un tapis roulant qui emmène des familles entières du hall "Energies et confort de demain" au hall "Vie pratique, bricolage et petit ménager", la Foire de Paris a aménagé une scène pour les badauds du parc des expositions, qui, entre deux achats, peuvent ainsi se reposer avant de repartir à la conquête de quelques produits "innovants" pour leur salle de bain… C’est dans ce décor inquiétant que Marie France présente un court spectacle de music-hall – et l’annonce par une sorte de bateleur vulgaire de la venue de "la grande Marie France, célèbre sosie d’Edith Piaf " n’est pas franchement pour nous rassurer…
Mais lorsqu’enfin la chanteuse apparaît, coiffée d’une perruque rousse et accompagnée d’une troupe composée d’une acrobate, d’une chanteuse réaliste (Josette Kalifa), d'un ours, de danseurs et de travestis, et entame "Monsieur Chou" de Frédéric Botton, on est saisi par l’air de Paris qui se met soudain à souffler à quelques mètres du périphérique. Marie France enchaîne avec une autre chanson de Botton, le magnifique "La Couleur des yeux", écrite pour le retour de Joséphine Baker à Bobino, et l’on se dit alors que ce minuscule tableau parisien réussit presque l’impossible : rendre présent l’esprit du music-hall entre les halls de la foire…
Les changements de costumes de la vedette sont l’occasion pour ses partenaires de faire leur numéro. Aucun n'est vraiment réussi, mais l'on est heureux de retrouver Myriam Mézières, merveilleuse actrice de Paul Vecchiali et d'Alain Tanner, accomplissant une improbable danse du ventre, ou encore d'entendre la voix de Magali Noël dont le "J'coûte cher" donne lieu à un numéro de travesti assez peu convaincant : si la tenue de Lola (Laurent Mercier) est parfaite, son play-back outré et agressif est bien peu fidèle à la pute de luxe imaginée par Vian et interprétée avec génie (et sourire) par Noël. L'ours blanc arrachant sa peau et découvrant le corps presque nu du danseur Sean fait davantage impression : quelques éclats de rire, des mains devant les yeux...
Deuxième tableau : Marie France chante Marilyn Monroe. Tout est en place (perruque, mouche, attitudes), mais c'est surtout la démarche de Marilyn qui frappe. Pourtant lorsque Marie France, après avoir interprété "I wanna be loved by you" et "Diamonds are a girl's best friend", lance au public en plaisantant (mais il n'y a pas de plaisanterie) "Qui préférez-vous, Marilyn Monroe ou Marie France ?", on comprend que l'imitation n'est pas pour elle une fin en soi, mais simplement un jeu supplémentaire, un masque certes adorable et parfaitement ressemblant, mais que l'on s'amuse autant à quitter qu'à prendre. D'ailleurs la voix qui crie "Marie France" du public en guise de réponse fait éclater de rire l'interprète, de dos, de ce rire qui lui est propre, signature aussi sûre que le cri de Zizi Jeanmaire.
Bustier-short, (très belles) jambes et plumes dans le dos : le dernier costume que Marie France porte pour le finale rock fait d'ailleurs penser à la croqueuse de diamants (hormis la veste violette). Il fait très froid, quelques personnes profitent du changement de tableau pour se lever, néanmoins la géniale adaptation que Vian a écrite du "Fever" de Peggy Lee ("Lancelot connut Guenièvre / Qui reçut un drôle de choc / Quand il lui dit d'un ton mièvre / Dans le jargon que l'on causait à l'époque / 39° de fièvre") amuse le public, et Marie France parvient à le réchauffer grâce à son interprétation d'une intimité sensuelle certainement jamais entendue en de tels parages. "Dansons" suit, mais la bande orchestre est "rayée". Marie France tente de placer quelques bribes de couplet, éclate de rire, mime les rayures du disque et lance quelques "Dansons !" à sa troupe et au public : la petite fête annoncée au tout début par Marie France semble alors, à la faveur de l'incident technique, devenir réelle, et lorsque la bande est relancée et que Marie France reprend la chanson en descendant dans le public suivie de toute sa troupe, on constate avec étonnement une manière de petit triomphe populaire. C’est à ce moment précis que l’on mesure le métier d’une interprète qui fut à la difficile école de Jean-Marie Rivière. Et c’est dans ces lieux improbables et ces conditions très particulières (loin de ses confortables salles parisiennes et de son fidèle public) que Marie France montre de quoi elle est vraiment capable : l’abatage dont elle fit preuve face à cette foule qui n’attendait strictement rien d’elle en arrivant et qui l’acclama debout lorsqu’elle disparut, est à la fois celui d’une meneuse de revue expérimentée et d’une interprète qui ne craint pas de se donner avec une sincérité et une candeur touchantes.
On trouve tout à la Foire de Paris. Cette année on y a même retrouvé l’essence d’un certain music-hall, de l’élégance et de la grâce. Et ceux qui ont déjà mis les pieds dans les entrepôts de la porte de Versailles remplis de consommateurs hagards, savent qu’elles y sont toutes les trois plus rares que le diamant…

   
 

   
 

Didier Dahon, mai 2008