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L'éditorial de septembre 2006
 
 La surprise de septembre 2006
     

Il y a des années que nous espérions que Charlotte Gainsbourg donnât une suite à Charlotte forever, des mois que nous attendions la sortie de cette suite que la rumeur disait produite par Air, des semaines que nous nous préparions à nous rendre à la FNAC à la première heure... Mais bizarrement, le jour J, rien, pas le moindre effort pour se procurer le disque - même la minuscule quantité d'envie qui reste malgré tout nécessaire à "l'achat en un clic" sur l'Internet (au grand désespoir des ingénieurs en mercatique d'Amazon ou d'Itunes, qui sauront sans doute un jour mettre au point l'achat sans clic du tout, et sans envie aucune) avait disparu. Vraiment la fin du désir, pour reprendre l'expression de Bernard Faucon, et l'indifférence, provoquées par la répétition, partout, des mêmes images, des mêmes articles, des mêmes couvertures, des mêmes interviews... Figaro, Inrockuptibles et Elle mystérieusement d'accord: questions, commentaires et propos identiques. Bien sûr, de son côté, mademoiselle Gainsbourg ne peut, la malheureuse, que répéter les mêmes réponses indéfiniment...
Mais à qui profite un tel matraquage ? Pas à la maison de disques, qui sait d'expérience que la surmédiatisation n'apporte strictement aucune garantie en terme de ventes ou de succès commercial (les exemples abondent également au cinéma). Pas à "l'artiste", qui devrait savoir, lui, qu'à un certain degré d'hystérie psittaciste, "l'exposition" médiatique devient aussi dangereuse pour son image, son aura, son épaisseur, que la radioactive. Pas non plus à l'amateur, qui non seulement risque de voir, impuissant, son désir fondre à mesure que son objet s'abîme dans l'atroce bruit de fond de la médiatisation, mais qui se trouve aussi, par la même occasion, privé des pages, photographies, interviews qui auraient pu lui permettre de découvrir une autre voix, une nouvelle figure, une Annick Cisaruk par exemple (et au hasard)... Tout compte fait, il n'est qu'un seul véritable bénéficiaire: le journaliste, qui peut, grâce à la folie de la surmédiatisation, laisser libre cours à la fois à sa paresse (pourquoi prendre la peine de chercher une nouvelle idée d'article ou de découvrir un nouvel interprète, ou d'aller chercher au fond de sa tanière une ancienne gloire quand il suffit d'ouvrir Libération ou Télérama pour savoir à qui il convient de s'intéresser ?) et à sa passion du conformisme (pourquoi prendre le risque de soutenir un inconnu qui n'a été adoubé par personne quand il est si réconfortant de mêler sa voix à celles du troupeau, d'avoir l'illusion d'être conforté dans ses (non)-choix et d'être en capacité de dire: "Moi aussi j'y étais, je l'ai vu, j'en ai parlé" ?).
Nous n'avons pas acheté l'album de Charlotte Gainsbourg et, comme il se peut qu'il soit merveilleux, tant pis pour nous. Peut-être dans cinq ans lors d'une réédition confidentielle agrémentée de deux inédits ? Ou seulement dans trois mois, lorsque toute la critique sera passée à autre chose ? In the meantime, à la lettre L dans le sous-rayon "Rétro" (sic) de la FNAC, un disque qu'aucun organe de presse n'avait annoncé, dont personne n'avait parlé, une surprise donc, une grâce et le retour immédiat du désir: le récital Pleyel 1954 de Renée Lebas.

 



Lucette Raillat

"La Belle oui-oui"

(Lelou/Barrier)

EP Polydor 20 916

"La belle oui-oui" est un hymne à la godiche, et qui mieux que Lucette Raillat aurait pu rendre justice à cette figure de jeune amoureuse qui dit toujours oui à son homme ? Ses "oui" seuls suffisent à faire comprendre la sympathie profonde et la distance délicate que l'interprète éprouve à l'égard de son personnage. Pas vraiment une chanson féministe donc... Mais a-t-on encore besoin - ou seulement envie - d'une énième chanson féministe ? En revanche, entendre Lucette Raillat évoquer la tanche, que l'on va "chatouiller" le dimanche, ou les "mélodies à la chantilly" qui sortent du "juke box du quartier", ou encore "la p'tite friture" qu'on va manger pour "remballer [son] vague à l'âme", cela oui, quelques uns, rien moins que des nostalgiques, en ont furieusement besoin - et envie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     
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