Actualités Disques Récitals Editorial et surprise Contact
Dictionnaire Entretiens Points de vue Bibliographie et liens Accueil


L'éditorial de janvier 2007
 
 La surprise de janvier 2007
     

Juliette Gréco se singe et tristement s'égare dans des reprises vaines ("Volare" !) ; Françoise Hardy traîne laborieusement son fantôme dans un disque de commande dépourvu de tout désir ; Brigitte Fontaine se perd dans la splendeur gratuite du style et de ses figures ; le Figaro sacre Sheila reine du cabaret ; Olivia Ruiz, la rebelle de TF1, parfaite figure de la tartufferie moderne, vend par centaines de milliers un album de vignettes édifiantes (dans "Thérapie de groupe", par exemple, une strophe sur "maman dépressive", une autre sur "mamie [qui] voit crever papi", une troisième sur "tonton [qui] est dans la mouise [parce que] les gendarmes ont trouvé son herbe bleue", une quatrième sur le "grand frère un peu timbré [qui] joue à s'allonger tout nu avec Jojo mon p'tit fiancé", une dernière sur "tatie [qui consomme] whisky et Lexomil comme du p'tit lait"...), le tout écrit dans un style bébé dont le chef d'oeuvre est le stupéfiant "Bousillées mes godasses / Bousillées les miettes de nous" (formule de l'année, à tous égards) ; des jeunes gens de la cité récitent le nouveau catéchisme citoyen (Grand Corps Malade : "A toutes les prisons du paraître j'ai mis un retourné facial / Aviez-vous remarqué que l'ascenseur social est bloqué / Et qu'les experts ont bien mieux à faire que d'le réparer ?", ou l'"Ode à l'amour" de Abd Al Malik, si plate, si grossière, si prosaïque que même une enfant exaltée au pire du XIXème siècle bigot et sulpicien en aurait eu honte) ; Pierre Louki est mort ; Benjamin Biolay n'écrit plus pour Valérie Lagrange mais pour Elodie Frégé ; la déformation systématique des syllabes, parfois même des mots, ne semble plus ennuyer grand monde, sauf quelques grincheux ; et toujours Yannick Noah, qui chante ce que l'époque veut entendre ("la supplique des oubliés du monde"), et lui tend ce faisant le miroir complaisant où elle peut admirer l'ombre de sa bienfaisance ; même Arielle Dombasle, pourtant naguère princesse du toc et de la plume, échoue à nous distraire avec son album de standards rose et bleu, plus triste dans sa gaieté forcée qu'un matin de deuil... voilà 2006. Et 2007 ? Pire, bien sûr. Sauf si "dans l'herbe, nos pieds endormis" parviennent encore une fois, guidés par Elisa Point ou le vent du soir, à "caresser les étoiles"...

 



Mona Heftre

"Fidèle"

(Charles Trenet)

CD ABdisques/EMI 494292 2

Cet album Trenet par Savary et sa troupe paru en 1998 est aujourd'hui introuvable, et pratiquement inécoutable, sauf pour les extraordinaires numéros que Mona Heftre chante seule : "Mes jeunes années", "Que reste-t-il de nos amours ?", "L'âme des poètes"... et surtout "Fidèle", que la voix et l'interprétation de Mona Heftre portent très haut, si haut que soudain les mots de Trenet semblent rejoindre le fonds anonyme et très ancien de ce que l'on appellera faute de mieux la poésie d'un peuple. Il faut entendre le mot "Montauban" dans la bouche de Mona Heftre, ou le sublime et discret élan qu'elle donne à "J'étais partie dans la nuit des vacances / Plus légère qu'une elfe au petit jour" pour comprendre que le chant est d'abord affaire d'habitation, de chemins et de territoires. Jusqu'à la leçon finale, qui n'a jamais été aussi déchirante : "Quand on sait bien / Que l'on n'est plus qu'une ombre / Fidèle à d'autres ombres / A jamais". Sachons gré à Mona Heftre d'être l'une de ces rares ombres bienveillantes qui errent encore parmi les ombres, dans les ruines d'un "monde - d'un art - qui disparaît".

 



L'éditorial et la surprise de mars 2006
L'éditorial et la surprise d'avril 2006    
Léditorial et la surprise de mai 2006    
L'éditorial et la surprise de juin 2006    
L'éditorial et la surprise de juillet-août 2006    
L'éditorial et la surprise de septembre 2006    
L'éditorial et la surprise d'octobre 2006    
L'éditorial et la surprise de décembre 2006