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L'éditorial de décembre 2006
 
 La surprise de décembre 2006
     

Tout le monde connaît le conte de fée qu'a vécu Olivia Ruiz, jeune femme enfermée très tôt dans un château pour les besoins d'une émission de télé-réalité, et qui, juste avant la finale, se serait fait exclure en sabotant volontairement sa prestation, pour enfin devenir elle-même - l'étape Star Academy n'étant qu'un truchement pour se faire connaître. Libérée d'une prison qu'elle avait pourtant choisi d'habiter, la demoiselle n'hésite pas à critiquer cette télé qui l'a vue naître, et, avec l'aide d'Universal (producteur de ladite émission) elle prépare toute seule son premier album sur lequel figurent entre autres les noms de Juliette et Néry. Olivia Ruiz a rompu ses chaînes, et les parrains qu'elle a choisis lui apporteront la crédibilité dont elle manquait, malgré la pose rebelle de son "auto-exclusion". La jeune femme, poussée par cette maison de disques diabolique qui l'avait enfermée, est néanmoins réellement persuadée d'avoir fait son chemin toute seule, et le public aussi : de Chorus à Arte, tout le monde s'est dit ému par une telle franchise, un tel courage, une telle preuve d'indépendance...
L'histoire se répète les années suivantes : un individu se laisse enfermer dans un décor de château, mais surtout dans rôle, puis décide un beau jour de se révolter, de se montrer tel qu'il est vraiment, en laissant passer un peu de temps, car le temps est un merveilleux exhausteur de crédibilité, et de plus en plus efficace. Car s'il a fallu trente ans et des centaines d'enregistrements et de concerts pour que Johnny Hallyday devienne un "immense artiste" aux yeux de la République même, c'est dès le deuxième album que Nolwenn Leroy (Star Academy 2002) et Elodie Frégé (Star Academy 2003) ont gagné leurs galons de vraies chanteuses, en chantant Voulzy et Souchon pour l'une, Benjamin Biolay pour l'autre. Et déjà l'on peut annoncer que Christophe Willem (La nouvelle star 2006) rencontrera vraisemblablement son destin d'artiste (en même temps que sa nature profonde) en chantant les chansons que Philippe Katerine a écrites pour lui...
Cependant, si l'on comprend très bien ce qui pousse ces jeunes gens à chercher une crédibilité que le tremplin qu'ils ont choisi d'utiliser semble leur dénier, on saisit moins les motivations de l'autre camp. En effet, que cherchent Philippe Katerine, Benjamin Biolay, Juliette, Doriand (auteur pour le groupe L5, Popstars, 2001) etc, en acceptant de travailler avec eux ? Peut-être seulement ont-ils envie d'exercer leur métier, alors que l'industrie du disque se porte mal, comme le répète Pascal Nègre, président d'Universal Music France et accessoirement membre du jury de la dernière Star Academy... ? Peut-être cherchent-ils à agrandir leur audience (mais les fans de Christophe Willem achèteront-ils Les créatures de Katerine ?) ? Peut-être trouvent-ils sincèrement que leurs cadets ont du talent ? C'est en tout cas ce que Benjamin Biolay affirme : "Je ne crois pas au talent méconnu et Elodie [Frégé] serait arrivée là où elle est sans l'émission, avec plus de temps". Quant à nous, nous croyons au talent méconnu, nous savons qu'il existe puisque nous l'avons rencontré (et de nombreuses pages de Lalalala prétendent en être la trace ainsi que l'écho) - mais nous croyons aussi à la soupe que l'industrie du disque nous sert tout en essayant de la faire passer, depuis quelques années, pour du caviar.

 

 

 

 



April March

"Caribou"

(Criscarol / C.Level)

CD Sympathy For The record Industry SFTRI 398



Chantal Kelly

"Caribou"
(Criscarol /C.Level)

EP Philips 437 180 BE

Même percussions en forme de cavalcade inquiète, même choeurs plaintifs, même son exactement : la version qu'April March a enregistrée en 1994 de "Caribou", la chanson de Chris Carol créée en 1965 par Chantal Kelly, n'apporte strictement rien à l'original - si ce n'est tout. Car, par la vertu d'une voix aigrelette, par le détour d'un accent américain, par la grâce d'un chant droit intrinsèquement mélancolique, April March parvient à transformer une (belle) chanson d'enfance 60's presque archétypale (voir France Gall bien sûr, mais aussi "Bang Bang" de Sonny Bono, qui est quasiment un décalque de "Caribou") en un chef d'oeuvre de tristesse nostalgique.

 

 

     
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