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L'éditorial de septembre et octobre 2008
La surprise de
septembre et octobre 2008
     
Quand on sait les trésors de patience, d'énergie – et les trésors tout court ! – qu'un jeune chanteur doit déployer pour voir une image de lui publiée dans un quotidien ou un magazine, on imagine aisément sa satisfaction naïve à voir circuler toutes sortes de photographies de son premier concert, le plus confidentiel soit-il, sur tel blog ou tel forum. Cependant l'internet, tout en donnant à l'artiste des occasions de publicité gratuite pour ainsi dire infinies, et lui offrant sur un plateau une visibilité immédiate, lui retire tout aussi immédiatement tout pouvoir de contrôle. Ce qu'une main donne, de l'autre elle le reprend, et le chanteur n'a plus qu'à regarder les images de lui-même défiler sur l'écran, heureux peut-être, impuissant certainement. Car que faire contre la numérisation et la miniaturisation ? Sheila, Kraftwerk, Madonna pouvaient lutter par des fouilles contre l'appareil photo, la caméra ou l'enregistreur et garder ainsi le contrôle de l'image (et du son) de leurs performances, mais que peuvent-ils aujourd'hui contre un portable qui remplit à lui tout seul ces trois fonctions ? Plus un être humain sans portable, donc plus un concert sans mitraillage, donc plus un interprète sans son lot de photographies volées et exposées sur l'internet dans les heures qui suivent la performance... ou même pendant, comme Madonna en a fait l'expérience lors de la première de sa nouvelle tournée, dont les fans ont pu suivre le déroulement, la conduite, les costumes, la mise en scène etc. via textes et images postés sur des forums presque en temps réel. Si l'on ajoute les milliers de vidéos publiées dans la nuit et le lendemain sur YouTube ou Dailymotion, on se demande comment une telle avalanche d'informations, de précisions, de détails et d'images laides, peuvent laisser le désir d'assister au concert intact. Que reste-t-il à découvrir après cela ? Et surtout, que reste-t-il à voir qui n'ait pas été défloré, c'est-à-dire sali au préalable par un reflet immonde ? Car que l'on soit Madonna ou une chanteuse française confidentielle, perdre le contrôle de son image, c'est, au-delà de l'expérience de l'impuissance, faire celle du saccage et de l'infidélité. Le costume, la précision du geste, le maquillage, le dressage du corps, la mise en scène, le travail de la voix, l'art de l'interprétation, le mystère d'un regard... qu'en reste-t-il dans un cliché ou une vidéo prise à bout de bras avec un téléphone portable ? Que reste-t-il d'Arielle Dombasle, maîtresse de la pose étudiée, dans les clips qu'un spectateur new-yorkais a eu la mauvaise idée de prendre de son poulailler et de diffuser sur l'internet ? Une minuscule poupée de chiffon perdue sur la scène, et une crécelle... Ces images détruisent en un instant des années de travail et de sédimentation et leur nullité ne peut qu'éloigner le candide, sans rien apporter au fan. On s'est longtemps moqué des images retouchées ou retravaillées dont l'industrie du spectacle, de Hollywood aux studios de Claude François, a abreuvé les foules : c'était l'empire du Faux, l'arnaque du Beau, le mensonge du Parfait. Mais que nous a apporté la démocratisation des moyens de prise de vue et de diffusion, sinon la laideur et l'insignifiant ? Choisir un photographe plutôt qu'un autre, sélectionner une image plutôt qu'une autre, la retoucher le cas échéant etc. : toutes ces opérations sont porteuses d'un sens que l'artiste élabore minutieusement, au mépris du réel certes, mais dans un souci de fidélité, alors que le fan-photographe-caméraman, lui, livre ses enregistrements bruts au mépris de toute logique artistique. D'ailleurs, s'il est certain qu'il n'est pas véritablement photographe ou caméraman, on peut s'interroger également sur la nature de l'intérêt qu'il porte à l'interprète qu'il capture : s'il l'aimait vraiment, ne se contenterait-il pas d'écouter et de voir, plutôt que d'appuyer sur record et alimenter la toile de méchantes photos qui seraient sans aucun doute refusées par l'artiste? N'est-ce pas son incapacité à recevoir le sens, la beauté, l'intensité d'une chanson qui le pousse à les différer en les enregistrant, comme ces touristes qui tiennent à distance la grandeur de Versailles du bout de leur caméra ? Combien de lieux, de bâtiments, de tableaux merveilleux annulés par ces joujoux numériques ? Et combien de concerts non vécus au prétexte de "partage" ou de "mémoire" ? Tu étais bien au Supper Club de Broadway le 19 septembre 2006 lors du show d'Arielle Dombasle. Mais tu n'as rien vu au Supper Club. (Et nous non plus, for that matter).




Monique Morelli

"Les Rois misère"

(Noël Simsolo / Lino Leonardi)
Cauchemar, un film de Noël Simsolo
1980

 

D'abord une leçon de cinéma : Noël Simsolo ne donne presque rien à Monique Morelli dans cette scène extraite de son film Cauchemar (1980), mais ce rien (contraste des couleurs, refus du gros plan, approche progressive du sujet...) est une véritable mise en scène puisqu'il met en valeur la silhouette, les gestes, en un mot la violence extraordinaire de Monique Morelli. Ensuite une leçon de style donnée par Simsolo auteur, qui a réussi un très beau pastiche de chanson réaliste. Enfin - et surtout - une leçon de chant et d'interprétation inouïe : que la chanson ait pu se mêler d'autant de grandeur hiératique et de tragique sublime ne laisse pas de stupéfier.

 

 

     
     
     
     
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