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L'éditorial d'octobre 2007
 
 La surprise d'octobre 2007
     

II faut supprimer les premières parties.

Voici les sept bonnes raisons de le faire qui nous sont venues à l'esprit la semaine dernière justement pendant l'une d'entre elles, particulièrement atroce. Nous espérons que ces arguments sauront convaincre les programmateurs et autres directeurs de salles :

1) N'étant quasiment jamais choisies par la tête d'affiche, les premières parties n'entretiennent aucun lien avec elles, ce qui peut créer des décalages particulièrement fâcheux, et conséquemment des montées d'adrénaline, de colère, voire de haine à la fois désagréables, mauvaises pour la santé du spectateur concerné et bien peu propres à lui ouvrir l'esprit, les oreilles et le coeur pour aborder l'univers de celui ou de celle qu'il est venu voir in the first place. Comment par exemple un véritable lecteur des textes de Marie-José Vilar pourrait-il, ne disons pas apprécier, mais seulement supporter la bêtise insondable de "l'univers" d'une jeune femme qui chante une chanson intitulée "Câlin câlinou" ?

2) Etant souvent assurée par un "jeune artiste" (pour reprendre la formule consacrée), la première partie comporte tous les stigmates d'un âge où, sauf exception, on ne fait que reproduire la vulgate d'époque, les lieux communs les plus plats, les modes les plus rabâchées. Ne ferait-on pas mieux de laisser ces jeunes pousses se débarrasser de leurs scories dans leur coin pour pouvoir les apprécier véritablement le jour où elles auront (peut-être...) trouvé leur style, leur voie ?

3) La principale justification de l'existence de premières parties, à savoir permettre à un "jeune artiste" ou à un "artiste méconnu" de se faire connaître et donc de trouver son public et donc d'introduire du sang neuf dans un système qui sans cela se scléroserait, ne tient pas, et ce pour deux raisons : tout d'abord la probabilité d'être véritablement touché par une première partie est infime (cf. ci-dessus argument n° 1), et même, d'après notre longue expérience de spectateur, proche de zéro, puisque jamais nous n'avons ne serait-ce que désiré acheter un disque de "l'artiste" en première partie, ni cherché à assister à l'un de ses concerts par la suite. En outre il existe aujourd'hui de bons moyens de se faire connaître (et le cas échéant apprécier, car lorsque l'amateur lui-même cherche à découvrir quelque chose de nouveau, il est dans de bien meilleures dispositions d'écoute) sans s'imposer grossièrement, au premier rang desquels l'Internet (MySpace, YouTube etc.).

4) L'autre raison que l'on avance souvent pour justifier les premières parties est leur caractère formateur : elles seraient une très bonne école pour les chanteurs qui apprendraient face à un public qui ne les connaît pas et ne les a pas désirés, à faire face, justement, à tenir, même à convaincre et, pourquoi pas, à plaire. Cela est vrai - ou plutôt cela a été vrai. Car aujourd'hui le public est si passif, son goût est si extensible ou si informe, sa capacité à écouter strictement n'importe quoi sans broncher ni oublier de bien sagement applaudir à la fin, "par respect pour le travail", est si grande, que la première partie ne rencontre quasiment plus de nos jours cette onde d'indifférence ou même d'hostilité qui seule est susceptible de véritablement former.

5) Les salles de cinéma ont presque toutes supprimé la diffusion de courts métrages avant les longs et personne n'en est mort (à ce jour et à notre connaissance), surtout pas le court métrage lui-même, qui a trouvé d'autres moyens de diffusion moins archaïques, c'est-à-dire non plus fondés sur le hasard et la violence (vous êtes venus pour voir un film de Paul Vecchiali, mais d'abord vous devrez supporter les douze interminables minutes d'un film d'animation inspiré de Jan Kounen), mais sur le désir et le choix : Internet, DVD, séances entières de courts métrages...

6) L'édition Pléiade de la Recherche du temps perdu comporte 7178 pages. Elisa Point a publié il y a peu un coffret de cinq disques, puis un autre de trois, ce qui fait cent quarante-et-une nouvelles chansons à découvrir. Deux raisons, parmi des milliers d'autres, de préférer rentrer chez soi plus tôt (et même si Proust et Point n'existaient pas (ce qu'à dieu ne plaise !), tout est préférable, et bien sûr au premier chef le silence de onze heures du soir sur la ville, ou le sommeil, à l'écoute de phrases comme "Que le grand Shakespeare me bénisse / Je déshabille mes actrices / Que le P'tit Robert me pardonne / Mais c'est vrai qu'elles sont bonnes" (c'est la première partie de la semaine dernière, et le reste des textes était bien pire, mais par bonheur nous l'avons oublié)).

7) La vie est trop courte.

 

 



Elisa Point

"Mi vida te interesa"

(Elisa Point / Fre Leonard - adapttion Zazie Delem)

CD Musidisc 118062
1995

Quand Elisa Point, le plus secret des auteurs, se confie, c'est au travers de ses chansons. Quand elle se livre, c'est pour mieux se cacher. "Je n'ai rien à dire" s'excuse-t-elle, "Si vous voulez parler de moi, parlez de mes disques"... Témoin de cette position de retrait éminemment paradoxale (refus de se livrer d'une part et omniprésence du thème de l'intime de l'autre (Autobiographie d'un regard, Journal intime d'un coeur etc.), ce très beau titre de 1995, "Vie privée", dont elle a souligné l'espièglerie en grimant la couverture du single en une une de magazine à scandale exhibant un "beso prohibido" avec un... canari : "Ma vie privée t'intéresse / Mon téléphone, mon adresse / Tu voudrais en savoir plus / Dommage tu dois prendre le bus".
Nous donnons ici à entendre la très rare version espagnole de "Vie privée", qui ne fait rien perdre de l'art de diseuse-chuchoteuse de mademoiselle Point - au contraire : la langue espagnole aura rarement semblé aussi douce, portée qu'elle est également par le merveilleux accompagnement du piano, de l'harmonica et du sifflement. (La version française de ce chef d'oeuvre se trouve sur l'album toujours disponible L'Instant d'après...).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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