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L'éditorial de mai 2006
 
 La surprise de mai 2006
     

Isabelle Adjani revient à la chanson. Pascal Obispo a élaboré pour elle un album qui sortira en septembre. Mais, chose extraordinaire, si l'on en croit l'immortelle actrice de Toxic affair, cet album de variété n'aura aucun rapport avec la variété. D'ailleurs ces chansons ne seront pas des chansons, et ces titres pourtant composés et produits par Obispo n'auront rien à voir avec Obispo... L'expérience (qui n'est sans doute pas du tout une expérience: qu'Isabelle Adjani nous pardonne, mais il faut bien essayer de nommer la chose) se situerait très "au-delà" du marais dégoûtant de la chansonnette, tellement plus loin de la mélodie à deux sous et tellement plus haut que la variétoche que l'on se demande si la rapprocher de Debussy n'est pas encore trop peu dire (1).
Cependant Pierre Perret est interrogé par le quotidien Le Monde à l'occasion de la sortie de son nouvel album (édition du 5 mai). Chose étonnante, l'entretien ne porte pas sur la chanson, mais sur toutes sortes de sujets politiques ou sociaux (le racisme, le féminisme, Nicolas Sarkozy etc), à propos desquels l'auteur du "Zizi" n'hésite pas à donner son avis. Il en profite même pour rappeler avec fierté que dix écoles publiques portent son nom en France et qu'"il y a vingt-cinq ans que "Lily" figure dans les livres d'école" (Pierre Perret ne précise pas, par pudeur sans doute, que cette même chanson a été donnée au baccalauréat l'année dernière). Et voilà le saltimbanque transformé en penseur, le chanteur populaire en poète engagé et l'amuseur au sourire perpétuel en modèle pour les enfants de France, au même titre que Jean Moulin.
En un mot, Obispo est un grand musicien, Pierre Perret un maître à penser et la terre est plate. A quoi bon essayer de prouver le contraire ? A quoi bon tenter de démontrer qu'à ce jeu chacun perd, la petite chanson en se faisant grosse comme un boeuf d'une part, et, de l'autre, la Musique, la Poésie, l'Ecole ou la Politique, en puisant à des sources si peu profondes ? Qu'il suffise de sourire à tous les Sganarelle du jour en se répétant silencieusement que, quoi qu'ils en aient, deux et deux sont quatre, et quatre et quatre sont huit.

(1) Voici les propos qu'Isabelle Adjani a tenus lors de la présentation du projet: "Ce n'est pas de la variété […] C'est au-delà de la chanson, c'est de la vraie musique […] C'est avec Pascal Obispo, mais pas le Pascal Obispo que l'on connaît."

 

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Lala

"Jolie fille d'Alger"

(Jean-Pierre Lestrade)

SP Les Trois Oranges Bleues / Phonogram 6010 588
1982

 

La pop et la Guerre d'Algérie, mariage bizarre... L'insouciance d'une jeunesse méditerranéenne ("Je suis une jolie fille d'Alger / En gants blancs et jupe plissée […] Chic avec ma mère / Je descends les boulevards / Le soir de mes vingt ans") et l'affreux souci d'une violence qui peut se manifester à chaque instant ("Les parents parlent des événements..."); le cha-cha-cha léger des couplets et l'inquiet mode mineur du refrain; la ritournelle synthétique, joyeuse et rudimentaire, et le grondement dissonant des avions... Tout comme Certaines nouvelles, le film de Jacques Davila sorti deux ans avant la chanson de Lala, où l'on voit Caroline Cellier danser un rock boudeur alors que la guerre gagne les maisons voisines, ce 45 tours est une perle oxymorique qui provoque un malaise tout en remplissant d'aise son auditeur - un doux vent d'été qui se transformerait insensiblement en miasmes.

     
     
L'éditorial et la surprise de mars 2006
L'éditorial et la surprise d'avril 2006