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L'éditorial de juillet-août 2007
 
 La surprise de juillet-août 2007
     

 

Le hall du théâtre est vide. Il faut traverser ensuite de longs couloirs comme il y en a dans les écoles modernes ou les H.L.M. pour arriver à la salle au plafond bas, presque vide elle aussi. Des tables dispersées sur le linoleum gris. Trois jeunes garçons, deux vieilles dames avec un bouquet, une femme. Et des fils électriques, des spots, des baffles, de petits rideaux noirs qui donnent sur la coulisse visible, une grande cage de régie où attend un garçon bavard qui porte des dreadlocks (Stéphane, "au son et aux lumières"). Pas les dorures du théâtre du Châtelet donc, ni le velours rouge des fauteuils, pas le grand escalier de Chaillot, ni la pierre des caves de l'Essaïon, néanmoins pas la misère non plus, pas l'indigence, pas la pauvreté, mais peut-être pire : la laideur ordinaire des salles d'attentes de la C.A.F., le fonctionnel, le prosaïque atroce d'un "espace polyvalent" (théâtre, chanson, slam, cabaret, one-man-show - bref, "toute la diversité des arts vivants") comme il y en a des centaines dans toute la France. La maigreur des applaudissements, pour accueillir la première partie, comme, un peu plus tard, la respectable tête d'affiche, accentue brutalement la mesquinerie de toute chose : on remarque les traces de doigt sur les projecteurs, on sent le mauvais plastique sous les fesses, on voit les marques au sol... comme si l'absence du public, et plus encore de son enthousiasme ou de son désir, rendait la laideur de la petite salle encore plus insupportable. Comme si, en définitive, la sinistre résonance de la salle vide faisait du récital lui-même un de ces douloureux moments que c'est pas la peine, pour reprendre l'expression de Duras. Pourtant, malgré les plaisanteries qui tombent à l'eau, malgré le refus obstiné des quelques spectateurs de répondre aux sollicitations toujours plus nombreuses de la chanteuse, malgré la gêne et le silence, elle continue de chanter, d'accomplir les gestes appris, de faire son numéro en somme, comme un bon soldat continue d'avancer même s'il sait la bataille perdue et la guerre vaine. Et en dépit du métier, et d'une certaine manière, du talent, en dépit des chansons, toutes empruntées au "grand répertoire", on n'écoute plus rien, on ne voit plus rien sauf la résistance presque héroïque de celle qui se noie mais n'abandonne pas, de celle que tout pousse à sortir de scène en soupirant "Ah quoi bon ?" mais qui ne lâche pas prise. Mais dans quelle coulisse pourrait-elle se réfugier, puisque tout est montré, puisque pas une prise électrique n'est épargnée ? Les grands-mères souvent se mettaient en frais pour camoufler les radiateurs derrière de gros caches dorés surmontés d'une plaque de marbre. On trouvait cela vaguement ridicule, et totalement inutile, sans comprendre que le music-hall commençait très précisément là, dans cette volonté folle, grandiose, de dissimuler la machinerie, d'estomper les marques du besoin, bref, de cacher les boyaux pour donner à celui ou celle qui aura su passer l'affreuse épreuve du feu, c'est-à-dire non seulement de la salle vide, mais de l'indifférence et du doute, la possibilité d'élaborer son monde à quelques centimètres du sol, hors de la tyrannie de l'intendance, et, le cas échéant, d'en transmettre une image au spectateur, fût-il le seul d'une salle non plus tragiquement vide, mais soudain habitée.

 

 



Kahimi Karie

"Ma langue au chat"

(P.Katerine)

CD Trattoria menu.99 PSCR-5500
1996 (import japonais)

Si Katerine et Burgalat n'en finissent pas de décevoir, notamment avec leurs propres disques, c'est bien qu'ils sont parvenus un jour, et qu'ils parviennent encore parfois, à éblouir. En 1996, ils donnent à Kahimi Karie "Ma langue au chat", sublime chanson pop qui parvient à unir en un même éclat bricolage intimiste et grand orchestre de variété, ingénuité et rouerie, goût du jeu et sérieux enfantin, un peu comme le visage de Chantal Goya dans le dernier plan de Masculin féminin... Trois ans plus tard Katerine s'approprie la chanson sur son album L'Homme à trois mains, mais qu'en reste-t-il, sans les merveilleux arrangements de Burgalat (l'entrée de la batterie après le second refrain, à 1'58, est comme un raptus de bonheur), sans la fraternité lointaine de l'accent de Kahimi Karie, qui fait sonner comme personne le mot "dégueulasse", sans son souffle de voix qui produit les plus beaux (et les plus faux) "Fafafa" du monde ? Une jolie chansonnette, mais plus le pop satori qui nous aura enchantés de longs étés.

 

 

 

 

 

 

 



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