Elisa Point    
  Journal intime d'un coeur (2006)
 
 
 
   
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Partons donc à la recherche d’Elisa perdue dans le temps. Journal intime d’un cœur, paru en 2006, livré dans un coffret, constitue le grand œuvre d’Elisa, en cinq tomaisons : L’Ecole des miroirs, Rue du présent absent, Prisonnière de la Tour Eiffel, A nos vies secrètes, Sans nouvelles de nos rêves. Il y a en effet quelque chose de proustien dans cette tentative de ressaisir le passé à travers cinq disques, qui sont comme les strates du cœur, le labyrinthe des sentiments, aux prises avec la temporalité que l’artiste retraverse comme son cabinet de curiosités (titre d’une chanson du dernier disque). Elle dresse des figures en statues de cire qui s’animent, images de la psyché en éternelle quête d’elle-même. Et l’on reste bouleversé par ce spectacle, et fasciné, car le journal intime, l’écriture sur le vif, au jour le jour, se désapproprie du moi biographique, s’espace dans le temps pour s’agréger en imaginaire et en beauté, si bien qu’au lieu de s’appauvrir en un moi étriqué, celui des petits esprits, Elisa Point distend ce temps et laisse le champ sensible à l’auditeur. « Mon histoire / Traverse l’eau des miroirs / Elle s’échappe / Au détour d’un regard / Biographie / Raconte-moi / Moi par moi / Ce que je suis / Biographie / Réinvente toute ma vie / En une nuit » : la première chanson, programmatique, amincit les contours de la personne pour laisser place à l’invention. "Biographie", "Portrait", "Où", "Quand", et beaucoup d’autres, sont des chansons de la disparition de la vie personnelle (« Je suis née à / De parents inconnus / Dans une villa / Qui donnait sur la rue »), au profit d’un élargissement vers une conscience d’exister en « minuscule, majuscule », prise entre l’infiniment petit du soi et l’infiniment grand du tout, la mémoire et l’oubli. « Ce qu’on ignore de soi / Est bien plus éloquent / Que ce qu’on sait déjà » ("Aux derniers enfants du siècle")…
D'abord l'on se sent nu et perdu dans la foule des années d’Elisa Point ; on cherche la chanteuse à la voix frêle, on se demande où elle se dissimule, cette « sœur exquise », dans quel visage chuchoté… Une fois de plus, elle joue à cache-cache, nous laisse souvent avec nous-même, seul face à la beauté d’une phrase, à la justesse d’un sentiment. « Le mélange de nos cœurs ne prend pas » ("Un soupçon d’autrefois"), c’est un simple refrain ressaisissant toute la complexité du mariage des peaux, jeu d’ingrédients entre l’amour et le hasard. Elisa Point se livre à une visite sensible de la temporalité, non à un rappel personnel de souvenirs qui exclurait le spectateur. Elle accueille, donnant une aire sonore à ce temps parcouru, lestant les instants les plus éphémères ou censés être insignifiants ("Liste des commissions", chant magnifique sur la mélancolie du supermarché, qui d’autre aujourd’hui pour écrire cela ?) Sa chanson est un art du voyage en soi-même, elle reçoit son auditeur comme son intime convive, auquel elle ne refuse rien, mais sans rien dévoiler non plus, car elle renverse le miroir vers nous : « [La fille que tu cherches] est comme ailleurs / Pour mieux te rejoindre en pensée / Dans un rendez-vous / Qui est presque une fatalité / De toute son âme elle murmure silencio / A-t-elle seulement existé ? » ("La Fille que tu cherches").
En physique, on appelle « sublimation » le passage de l’état solide à l’état gazeux, c’est ce que fait Elisa : sa voix sublime le biographique en lumière, en horizon inépuisable, à la frontière de l’existence, entre le réel et l’imaginaire, le souvenir et l’oubli. « A-t-il inventé sa présence ? / Pour ne pas / Souffrir de son absence / Dans l’inconnu / De ses journées / A-t-elle guetté / Guetté son pas ? » Le texte de "Jeux de société", suite de questions sans réponse, sublimation, volatilise l’existence de l’histoire à force de la dessiner : mouvement contradictoire du temps, frontière infranchissable de l’existence. Elle rend sensible tout ce qu’il y a d’éphémère, de « gazeux », d’impalpable dans la rencontre de deux êtres. Elisa Point nous prend par la main pour dessiner l’ombilic des limbes, en restant "A l’entrée" des histoires et des sentiments : « A l’entrée / De ton sourire / Et des baisers / A venir / Il y a déjà la sortie / De tes bras ». Cette zone d’hésitation figure le travail du temps : tout est pris dans sa matière labile, évanescente, sa substance protéiforme et élastique. "Ma carte d’Italie" est à ce titre une chanson exemplaire de la « retenue » d’Elisa Point, déceptive si l’on attend la confidence personnelle d’un carnet de voyage, merveilleuse, si l’on sait aimer la poésie de l’aube, le vertige de l’imaginaire invinciblement attiré au bord d’un gouffre qui se rétracte, car la chanteuse devient personnage en visite, arpentant sa propre intériorité en disparition, aussi cruellement dépeuplée que la Venise de Visconti, paysage paralysant, à la frontière de la réalité et de la mort. « D’un canal à l’autre / Je cherche mon amie / L’avez-vous vue ? non / Penchée sur un pont / Prête à glisser dangereusement là sans raison / D’un café à l’autre / Je cherche cette amie / Cette sœur exquise, cette sœur exquise / Je m’envenise, je m’envenise ».
Elisa Point nomme son roman Journal intime, mais ce n’est pas le sien, c’est celui d’un cœur. De son cœur sans doute, mais l’on n’est jamais sûr que le je est bien soi et le tu bien un autre. Comme pour Autobiographie d’un regard, les chansons reposent sur une merveilleuse valse de l’identité, des instances de soi au fil des périodes de la vie. Loin de se succéder et mourir l’une après l’autre, elles reviennent nous hanter. « Nos regrets sont des illusions / Qui reviennent nous hanter / Qu’aurions-nous dû faire / Que nous n’avons pas fait ? » ("Quand") La poésie d’Elisa Point crée une dimension d’autrefois, une force d’existence dans le temps. Peu d’auteurs sont capables d’élaborer l’épaisseur d’une émotion, précipitamment bouleversante : une chute dans les tiroirs du temps, puissance de disjonction et de séparation du cœur avec lui-même. Le temps n’est donc plus un sujet mais bien la matière des chansons de ce journal intime, tissu qu’on écarte pour le regarder et le vivre : « Vivre vite vivre vite / Les années comme des heures / En écartant le temps / Dans la foule des passants / Oui vivre dans l’instant / A la terrasse du monde / Tout ce que l’on ressent » ("Vivre vite"). Ce chant du carpe diem joue d’une paronomase (les mots « vivre » et « vite » se confondant presque à l’identique, surtout que la chanteuse les prononce de manière rapprochée et rapide) où vie et vitesse – une des déclinaisons du temps – se superposent. La durée se modifie, l’année devient une heure, l’instant une étendue. D’ailleurs, c’est au moment même où l’instant contemple de « la terrasse », et se met à durer, que la rime décroche, provoquant dans le texte une sorte d’apesanteur. Le temps touche alors à l’éternité de l’instant : « les jours deviennent des années » ("Sans amour").
Oui mais voici, pour sentir la beauté de l’instant qui dure, il faut que d’autres passent, pour revenir, mélancoliques, plus puissants encore qu’ils n’ont sans doute été sur le moment. Un cœur ne se brise que dans la temporalité, quand il laisse le temps faire son ouvrage funeste, quand « les ombres de l’histoire ancienne / S’effacent / Plus rien dans ce journal intime d’un cœur / Que cette fatigue souveraine / Ce manque d’espoir » ("Journal intime d’un cœur"). Erosion mortifère qui est aussi la possibilité sublime d’une place vacante pour un recommencement, une autre histoire. « Un soupçon d’autrefois / Me reprend dans ses bras / Nous valsons sur un doute / Mon ancienne vie et moi / Avons-nous fait fausse route ? / Le visage imprécis / De nos traits se confondent / Jusqu’à nous dévoiler / Ta bouche est un regret / Qui revient sur mes lèvres / J’ai beau m’enfuir le paysage ne change pas / J’ai beau t’aimer ton amour ne me revient pas » : "Un soupçon d’autrefois" bouleverse l’ordre temporel en tricotant le temps de passé, d’avenir manqué, de douleur du retour, puis d’une destruction nécessaire à la libération heureuse de l’avenir : « Un regain de plaisir / Entrouvre l’avenir / Ce qui me manque t’efface / Plus sûrement que l’oubli / Et le monde te remplace ». "A ta place à ma place" évoque également le cycle des amours naissantes puis mortes : « A ta place à ma place / Il y a cet espace / Qui n’est plus notre place [répété] / De ta place à ma place / Il y a trop d’espace / Un vide qui nous efface / Un vide qui me glace », puis ce remplacement d’un amour par l’autre est mis en rapport avec le passage du temps : « La place des serments / Dans le temps / A la place des regrets une autre vie / Où l’on perd la mémoire de ce qui a été ». Le temps n’est pas une ligne aplatie, chronologique, mais profondeur de passé et d’avenir : « Cette histoire d’amour s’achève / Parce que je l’ai commencée », c’est le paradoxe du temps de n’exister que dans sa propre mort, jeu de renversements où tout début se fait chronique d’une fin annoncée, haute conscience de la présence et de la perte dans le commencement même d’un sentiment, attiré vers le souvenir, tendu vers l’oubli. "L’Ecole des miroirs", chanson qui donne son titre au premier album, met en abyme le temps et les reflets kaléidoscopiques des sentiments échangés, reçus, dont on se souvient, qu’on oublie, ces sentiments jamais adéquats, toujours en décalage avec l’être aimé, avec soi-même. Le cœur regarde ses propres sentiments dans les miroirs de l’instant et du passé, de l’avenir : « Visage de l’instant / Visage à l’imparfait / Visage, qu’on envisage / Comme les pages d’un roman / Visage / Secrète intimité que l’on offre / A ceux qu’on va aimer / A ceux qu’on a aimés». Ce passage du texte, suspendu, porté par la voix d’Elisa nue, qui parle et ne chante plus, la seule articulation des mots donnant tout son poids à la musique, souligne et révèle l’éternelle imperfection du cœur pris dans le temps.
L’envol de la voix d’Elisa Point, les aspérités qu’elle donne à ses paroles, ne peuvent bouleverser que dans cette mise en perspective temporelle : « Ecoute dans l’ombre de ma voix / Cet amour que tu avais pour moi » ("Ecoute"). Il s’agit d’entendre le passé dans le présent, de le propager dans l’avenir. Comme la galerie sublime et pathétique de personnages de la fin de La Recherche du temps perdu, qui ne touche que parce qu’elle est dorénavant habitée par le temps, le refrain de la mort. « Il ne fallait pas entrer / Dans son cœur le cœur léger / Le danger d’être piégé / M’attendait et me guettait / Dans toute sa perversité / Sommes-nous libre de notre personne / Puisque personne n’est à personne / Sommes-nous prêt au grand chagrin / Dès que l’on s’attache à quelqu’un ? / Oui sommes-nous prêts à souffrir / A payer le prix des souvenirs ? / Oui sommes-nous prêts à mourir / A payer le prix de l’avenir ? » Et Elisa Point nous chante cela en le berçant d’un « pampa dam, pampa dam, pam », légère et cruelle : la perte valse avec la gaieté du recommencement. La fuite du temps, le tempus fugit, est notre tragédie aussi bien que notre espoir et notre liberté d’aimer à nouveau. Si Elisa Point pose la question de la liberté d’aimer ("Personne n’est à personne"), c’est qu’on est piégé par la répétition de la fin d’un amour, par la fuite irréversible du temps d’aimer. On n’aime qu’à la mesure de cette conscience de la perte, on serre ce qu’on aime comme avant la mort, soudain baigné du bonheur de la concomitance de la joie et de la douleur. « La jeunesse / Les heures perdues / En avenue / A ses côtés n’est plus » : la perte de la jeunesse n’est cruelle – et sensible – que dans ce déport conscient, cette expropriation lucide de soi dans le temps, dans la liberté et dans l’amour : on est pris, heureux et malheureux, dans la ronde des disparitions et des naissances.
A cette conscience du temps perdu, se greffe un phénomène proprement effrayant dont Elisa Point joue particulièrement dans ce Journal : les sentiments morts reviennent sous forme de visages, ils perdurent sur le mode mélancolique, « curieux ». "Malentendu", "Le Bel aujourd’hui" ou "Cabinet de curiosités" jouent des valses cauchemardesques. La ronde des visages du passé devient danse macabre, où l’on embrasse la mort qui transporte des faces défuntes de soi qu’elle réanime : « On est simplement de passage / Dans la vitrine du paysage » ("Sans nouvelles de nos rêves"). « Les visages, les regards, sont nos seuls rendez-vous de mémoire » ("L’Ecole des miroirs"), « J’ai encore tous mes visages / Celui que tu adorais » ("Etat des lieux amoureux") Le visage contient toutes ses faces, même mortes, elles dansent et se répondent. « Le visage de l’amour parle à son reflet » ("L’Ecole des miroirs") : ces figures du moi se mettent à vivre et dialoguer. Elisa Point se livre alors délicieusement à un exercice goûté par les Précieuses, prisé dans les débats de femmes des XVIème et XVIIème siècles : la psychomachie. Exercice dont la plus belle et étrange manifestation s’écoute dans "Conversation". Les sentiments, les instances de l’âme y sont personnifiés pour débattre avec le cœur, plus réels encore que la réalité, se mettant à habiter la psyché de mille voix, vociférations, de rengaines passées. Tout se qui s’est fait reprend voix, puis se défait à nouveau, resurgit sous la forme d’images obsédantes, de visages morbides. « Elle a oublié qu’elle était morte / S’est levée et a ouvert la porte / A travers ses larmes l’avenue / C’était si bon d’être entre parenthèses / Cette belle journée vivante et respirante / Elle a oublié qu’elle n’était plus » ("Dernière fugue")… Elisa Point erre dans les rues de son passé à la recherche de ces images qui se dérobent, comme des vagues, puis réapparaissent et conversent avec elle. Si bien qu’elle peut, au détour d’une rue, se rencontrer elle-même. « D’un vestige à l’autre / Je cours après ma vie / L’avez-vous croisée ? / Oui, près du Colysée » ("Ma Carte d’Italie"). Tout sentiment est un vestige avant même d’être fini, car il n’est sensible et beau que dans la temporalité, habité par la brisure du temps, conscience de la perte entamée et jouissance de l’éphémère.
C’est que notre chanteuse présente les deux visages de la vanité : la vie est vaine, envahie par la mort ; la vie est pleine, puissance de la présence. Elle cherche cette présence sur le mode du passage, entrouverte sur l’absence, comme l’annonce le titre de l’album Rue du présent absent. « Ma carte d’Italie / C’est un soleil parfois / Qui s’attache à mes pas / Une pluie qui me suit » : ce qui fait vibrer cette sensation mémorielle, c’est tout simplement l’adverbe « parfois » : rien d’absolu dans ce monde, le cœur libre d’être surpris par le passage d’un soleil, le retour d’une sensation passée. « C’est pas toujours la fin d’un rêve / Entre ses bras un soleil passe » ("Ce qui me parle"). La présence du souvenir italien, la jouissance avec l’autre apparaissent en horizons, en lignes de fuites, bonheurs de hasard, joies éphémères, identifiées à des passants qui nous suivraient dans les rues. Dans sa chanson "De passage", jeu avec la parole évangélique, Elisa Point s’empare du dogme chrétien de la vanité comme dégoût de soi et haine de la vie pour le retrousser en ode à la jouissance du temps en fuite. Oui, elle reconnaît la vanité, mais elle la goûte comme un poison délicieux. « De passage sur terre / Vous avez tout l’air / De vouloir y rester / De ne pas en bouger / Vous en aller ? jamais ! / Il faudra vous tuer / Même en mourant d’ennui / Vous tenez à la vie / Oui, c’est pas mal ici / Il y a le jour la nuit / Des tas de choses moroses / Pour voir la vie en rose / Non c’est pas mal ici / Il y a l’amour aussi / Cette maladie de rêve / Qui parfois vous enlève / De passage sur terre / Vous croyez dur comme fer / A l’existence / Cette chance / Qui va du petit à l’immense » : ravissement de l’amour, chance d’exister, tout est possible, le cœur est un Phénix, la puissance du malheur fait la puissance du bonheur. Vivre vaut pour autant que vivre est dérisoire – et puissant. « Oui vivre maintenant / En oubliant hier / Et demain qui est loin / Vivre vite vivre vite / Plusieurs printemps de suite / En bousculant son cœur / En affrontant ses peurs / Oui vivre dangereusement / La chair et ses élans / L’amour amoureusement » ("Vivre vite").
Elisa Point fait du temps la matière de son œuvre, comme Proust, mais pour finir, désignons-là tout simplement comme un poète, un artiste dont le langage est la terre, le lieu d’imaginaire et d’exploration. Le propre du chant d’Elisa Point est d’être une incarnation sensible de la langue. On a l’air malheureusement d’enfoncer une porte ouverte, mais la chanson ne tient pas toujours dans cette intensité de langage, dans ce creusement des mots et du sens, qui déchargent peu à peu tout leur poids dans l’âme de l’auditeur. Les chansons d’Elisa Point plongent dans la matière du temps par l’effeuillage sonore du langage, l’incarnation singulière des mots pour un cœur se contemplant. Pour simple argument, on mentionnera le nombre remarquable de chansons parmi les cent de ce Journal intime d’un cœur qui sont retravail sonore et sémiotique d’expressions, reprise de références, échos poétiques de la langue qui s’invente, se façonne au gré du cœur. Clin d’œil à Mallarmé pour son "Bel aujourd’hui", à "Andersen" (univers du conte qui trouve naturellement sa place dans le premier disque, celui de l’enfance), Proust avec sa "Prisonnière de la tour Eiffel", Musset pour l’ode décadente et romantique "Aux derniers enfants du siècle". Elisa Point, poisson dans l’océan de la langue, de l’imaginaire habité par d’autres, qu’elle visite à sa manière, par le cœur.
Et surtout, au-delà de ces références littéraires qui jalonnent les disques, on reçoit en plein cœur cette « Visitation » chantée d’expressions, qu’elle vole magnifiquement au commun du langage, aux proverbes « tout prêts tout faits », à la parole des autres. C’est encore refuser l’impudique introspection pour donner toute sa force à la fabrication poétique, individuelle, sublimée par une singularité, qui, forte de sa liberté, peut parler au cœur d’un autre qu’elle-même. Citons quelques exemples de ces paroles réinventées : "A l’ombre de l’eau qui dort", "Tous les prétextes sont bons", "Question de goût", "A la lettre", "Je vous salue", "A la petite semaine" (chanson qui réinvestit la mécanique des jours pensée par la société pour la reparcourir singulièrement, en la dessinant d’intime), "Personne n’est à personne", "Appartement à louer" (retravail métaphorique de la fin d’une histoire d’amour), "Ce qui me parle", "Ne pas déranger", "Au creux de l’oreille"… En reprenant ces expressions, elle attise la curiosité, aiguise l’écoute, car on se demande bien ce qu’elle dira de ces mots connus de tous, comment elle les amènera à signifier à nouveau, vraiment, de manière vivante. Voilà donc précisément le journal intime du cœur qui s’écrit, avec les mots de tous les jours, les phrases habitées par le temps, mais qui les laisse s’envoler, prendre un nouvel essor. Liberté belle, grande, qui touche tout simplement à la poésie, car, être poète, comme le montre Elisa Point, c’est habiter le monde en langage et chercher à le faire entendre à certains, rares et heureux.
Car aujourd’hui qu’il semble trop souvent que le langage se rouille, qu’on ne fait pas grand cas de sa disparition sonore et sensible, on ne saurait assez rendre grâce à cette chanson, élévation poétique, légère, sensuelle, vivante. On ne saurait assez dire à Elisa Point, qu’elle nous a redonné foi dans la possibilité d’une affinité élective, d’une discussion cœur à cœur, d’un immense baiser : dans une présence sur nos lèvres vagabondes. Est-il besoin de dire qu’une fois qu’on aura connu la joie muette de cette œuvre, on la chantera partout et ailleurs, pour vivre ?

   
       
  Florence Chapiro, novembre 2007    
       
  CD1 L'Ecole des miroirs
1 Biographie
2 Coquelicot song
3 Mon frère
4 Je vous salue
5 Célèbres et inconnus
6 Jeux de société
7 La Fille que tu cherches
8 A l'entrée
9 Un si joli soir
10 Vivre vite
11 L'Ecole des miroirs
12 De passage
13 En Andersen
14 Amour à part
15 Pas de vacances
16 La Ballade de Joao C. Monteiro
17 Journal intime d'un coeur
18 Aux derniers enfants du siècle
19 Sans amour
20. Minuscule majuscule
CD2 Rue du Présent Absent
1 Japonaise
2 Le Bel aujourd'Hui
3 Malentendu
4 Tout était possible
5 La Passion selon lui
6 A la Robinsonne
7 Frivole
8 L'Air
9 Rue du Présent Absent
10 Dérive
11 A écouter
12 Une chance à perdre
13 Prison de ciel
14 Méfiez-vous de vos rêves
15 Déogart
16 Si
17 Conversation
18 La Vie n'est pas élégante
19 Mon elle
20 La Jolie tête de mort
CD3 Prisonnière de la tour Eiffel
1 Portrait
2 Ma meilleure amie est un garçon
3 Les Meilleures intentions
4 Pas dans La Pléiade
5 Dans le coeur
6 Il suffit
7 Encore une chanson d'amour
8 Quand j'avais une belle vue sur vous
9 Prisonnière de la tour Eiffel
10 Profitons d'une solitude
11 Ne pas déranger
12 Ballade des heures
13 Les Derniers Jours d'Ava
14 La Politesse du désespoir
15 Un si vilain penchant
16 La Mémoire amoureuse
17 La Joie de vivre
18 Avant après
19 Au creux de l'oreille
20 La Chanson d'un autre coeur
CD4 A nos vies discrètes
1 A la lettre
2 Appartement à louer
3 A ta place à ma place
4 Liste des commissions
5 Dernière fugue
6 Ce qui échappe
7 Depuis
8 Je ne rêve pas
9 A la petite semaine
10 Sans fin
11 A nos vies secrètes
12 Etat des lieux amoureux
13 La Vie parfaite
14 Un genre à part
15 Imagine-moi
16 Au-delà
17 La Saison des amours
18 L'Heure du désir
19 Le Vingt septembre
20 Ton pseudonyme
21 [Morceau caché]
CD5 Sans nouvelles de nos rêves
1 Quand
2 Corps
3 Question de goût
4 Ma carte d'Italie
5 Ecoute
6 A l'ombre de l'eau qui dort
7 Un soupçon d'autrefois
8 Personne n'est à personne
9 La Saison impardonnable
10 Sans nouvelles de nos rêves
11 Où
12 Même loin
13 Tous les prétextes sont bons
14 Ce qui me parle
15 Cabinet de curiosités
16 Les Quatre Sens
17 Sans but précis
18 Ton ombre dans mon ombre
19 Les 96 Peurs
20 Allons nous en

   
       
  Paroles, musiques, arrangements : Elisa Point    
  Enregistré en 2004 et 2005    
  5 CD Rym Musique / Universal 301 732-0