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On écoute cet album un été, en voiture, dans une maison de campagne ou le soir près des rochers, sans prêter attention aux textes, bien sûr – la musique suffit. La fraîcheur mélodique ("Quelque part on m'attend", "Folle de toi", "La plage"), le raffinement harmonique ("Douce comme l'eau", "La ballade du mois de juin"), la grâce des arrangements surtout, leur simplicité extrêmement travaillée, comme le clavecin qui ajoute secrètement sa voix au contrechant du célesta et du minimoog avant de surgir seul, "a capella", à la toute fin de "Folle de toi", singeant mélancoliquement les derniers accords d'un prélude de Couperin... Même lorsque Benjamin Biolay fait mine de délaisser la dentelle précieuse pour la rugosité d'un blues ("Mobil home") ou d'un gros rock ("Dance rock'n roll"), ou encore l'aridité d'une folk-song ("L'Arizona"), l'exercice de style reste léger, d'abord parce que les références musicales, nombreuses, s'intègrent parfaitement à la trame, ensuite et surtout parce que toute cette orfèvrerie cultivée n'est jamais gratuite. Le goût ici, et la sophistication, produisent des climats qui donnent aux chansons une résonance assez rare dans le domaine de la pop française... Tout comme la voix blanche, littéralement insipide, de Benjamin Biolay qui constitue le fond nécessaire au chant ténu de mademoiselle Mastroianni - le duo constituant une sorte de voix à deux têtes qui, par sa fadeur même, se révèle un très bon conducteur d'émotions, loin des instruments vulgaires qui imposent, crient ou simplement s'égosillent.
Cependant, un jour de neige un peu oisif, on a la mauvaise idée d'écouter et de lire les textes pour la première fois. Et subitement l'univers de l'album se rétrécit, la merveilleuse résonance musicale se trouve étouffée par un imaginaire d'une grande pauvreté: en gros, c'est la route 66 vue de France, circa 1973, ses motels, ses mobils home, son peanut butter, son cannabis, ses "vertes pelouses et arbres oranges" ("Soft grass tangerine trees"), ses "mirages de plumes de goudron", ses grands ciels rouges... Tout un fatras d'images, de stéréotypes - au mieux Stephen Shore, au pire Virgin suicides - où l'on s'invente, à la manière adolescente, des obstacles pour pouvoir les franchir (la prison ou l'asile dans "Folle de toi", le destin dans "La ballade du mois de juin" ou Dieu lui-même et sa damnation dans "Mobil home". Seule une véritable écriture serait à même de digérer de tels clichés, et non pas quelques artifices sonores à la Gainsbourg ("Les mêmes censeurs / La même censure / Pour l'ascenseur je suis pas sûre"...).
Bien fait pour nous. En matière de musique pop, on ne devrait jamais écouter les textes (mais Home les a reproduits dans le livret). Prima la musica, donc.

   
       
  Jérôme Reybaud, mars 2005    
       
  1 La ballade du mois de juin
2 Tête à claques
3 A house is not a home
4 Mobil home
5 Quelque part on m'attend
6 Folle de toi
7 L'apologie
8 Un problème?
9 She's my baby
10 La plage
11 L'arizona
12 Dance rock 'n roll La ligne de chance
13 Douce come l'eau
   
       
  Toutes les chansons sont écrites et composées par Benjamin Biolay, sauf 3, 5 et 11 (Chiara Mastroiani-Benjamin Biolay/Benjamin Biolay)    
  Home: Chiara Mastroiani / Benjamin Biolay / Denis Benarrosh / Laurent Vernerey / Eric Sauviat / Reyn / Nicolas Fizmann    
  Graphisme: M/M    
  CD Virgin 72435714622 7    
  NB: existe aussi en SACD avec 2 titres bonus: "La chanson de la pluie" et "À la longue"