Olivier Libaux    
  L'héroïne au bain un conte musical (2003)
 
   
 
   
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Objet curieux qui tente de marier la brièveté et l'atomisme propres du format pop à la continuité narrative et musicale de la musique de film. A cet égard, l'instrumentarium hybride et les arrangements en équilibre sont éloquents: petit orchestre de chambre (quatre violons, deux altos, deux violoncelles, flûte, hautbois, cor anglais et trompette) d'une part, comme une réminicence des grands orchestres de Michel Legrand, et, d'autre part, batterie, guitare, basse et synthétiseur tout droit venu de l'univers sonore de Mikado. La tâche était si ardue qu'Olivier Libaux, auteur et compositeur de ce monstre générique (un film pop ? une pop filmique ?), a dû s'adjoindre l'aide virtuelle, sous la forme de références, de ses glorieux aînés, mais aussi celle, bien réelle, des ses comptemporains célèbres: le couple pop Helena et Philippe Katerine par exemple, ou Jacques Demy, qui fournit avec sa célèbre "Chanson du cake d'amour" le modèle d'une "Recette de l'amour" interprétée par Lio, autre figure tutélaire, monument pop, qui a sans doute reconnu les notes répétées (au synthétiseur) de son ancien "Amoureux solitaires" dans "Le tube".
Cependant, malgré un tel parrainage (certains diront à cause, et ils auront tort), la greffe ne prend pas toujours. D'abord parce que le livret, à la fois par sa façon de réduire certains personnages à quelques traits grossiers et par le thème même du complot, est plus proche de Mocky que de la finesse de Peau d'âne. Ensuite parce que la musique elle-même peine à traduire ce que les lyrics ont de plus noir: le voyou et son air sont de pacotille, la délicieuse ambivalence d'"Exécute-moi" (où mort et séduction s'accouplent) ne donne lieu à aucun trouble musical, et, plus grave, le dernier acte, pourtant celui du sacrifice, ne saisit l'auditeur d'aucun effroi et passe sans accroc.
Alors ? Vaine (et néanmoins agréable, voire estimable) tentative ? Au contraire: disque essentiel par la grâce de deux titres, en tout huit minutes qui comptent plus pour la pop française que les oeuvres complètes de Pierre Bondu. D'abord "La recette de l'amour", titre déjà évoqué, miraculeux trait d'union entre les deux univers poétiques et musicaux de la blonde Catherine Deneuve et de la brune Lio, que cette dernière voile, en outre, d'un timbre mélancolique bouleversant. Le titre éponyme ensuite, "L'héroïne au bain", un duo Helena-Philippe Katerine, où la quintessence de la pop, légèreté et gravité mêlées, semble atteinte, alors même que Katerine, dans les deux albums qu'il a écrits pour Helena, ne fait que l'effleurer, dans le meilleur des cas.
Bref - ce que certains mettent parfois une vie à attraper (le saint Graal: la chanson pop parfaite), Olivier Libaux l'a étreint à deux reprises. Cela suffit à sa gloire et à notre extase (la reprise, pour le dernier couplet de "L'héroïne au bain", de la ligne vocale au xylophone avec le contrechant du synthétiseur (imitant un Theremin ?), est proprement renversante).

   
       
  Jérôme Reybaud, juin 2004    
       
  Le narrateur: Dominique Dalcan
Le voyou: Ludovic Triaire
L'héroïne: Helena
Le mari: Philippe Katerine
Le journaliste: Doriand
L'amie de l'héroïne: Lio
L'animateur de la boîte de nuit: Michaël Von der Heide
   
       
  Textes, musiques, idée originale et réalisation: Olivier Libaux    
  CD Naïve NV 486111