Helena Noguerra    
  Bataclan (Paris), le vendredi premier février 2008
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Enfin seule ! Après sa série de concerts au Théâtre du Rond-Point en compagnie de Serge Rezvani en septembre dernier, Helena Noguerra est enfin seule sur scène, et tout s'en trouve changé - bien que le répertoire, lui, soit le même (les chansons de Fraise-Vanille) : nouvelle coupe de cheveux, robe argentée et bottines blanches, entre Françoise Hardy, Nancy Sinatra et Claudine Longet, et un petit ensemble de musiciens dont la disposition et l'esthétique sonore rappellent les orchestres pop des années 60... Helena Noguerra incarne de nouveau sur les planches du Bataclan le rôle d'une brillante égérie pop, loin de la timide interprète-qui-rend-hommage-à-un grand-auteur, et se donne enfin les moyens de réaliser le projet Fraise-Vanille : inscrire Rezvani, ce franc-tireur, dans la tradition française et anglo-saxone de la pop-music.
La chanteuse, qui a surtout pioché dans le répertoire de Jeanne Moreau, commence a cappella dans le noir par l'archi-rebattu "Tourbillon". C'est à la fois hardi et un peu routinier, d'autant que Helena n'apporte vraiment rien de neuf à ce titre, pas plus qu'au tout aussi commun "J'ai la mémoire qui flanche", complètement raté (les mots sont si liés qu'on n'en comprend plus le sens des phrases) et pourtant acclamé, comme s'il suffisait de chanter une chanson ancrée dans la mémoire collective pour plaire. Heureusement qu'à ces cruels passages à vide répondent de très beaux moments d'émotion intense, comme "Le Blues indolent", chanté au bord de la scène dans une stupeur mélancolique, ou encore "A travers notre chambre" au rappel, magnifique malgré (ou grâce à) un timbre soudain voilé. Et heureusement qu'à la très monotone (et soporifique) suite inaugurale de chansons lentes qu'Helena ne sait pas distinguer, répond le parfait enchaînement "La Peau Léon", "La Vie s'envole" et "Tu m'agaces", d'une énergie quasiment rock et d'une évidence qui montrent qu'Helena avait vu juste en imaginant pouvoir renouveler le répertoire de Rezvani, ce dont "Minuit Orly" est la plus belle preuve : munie d'un tambourin, Helena Noguerra accompagne ses musiciens dans cette quête d'un son très typé tout en faisant entendre la beauté de son timbre et la fraîcheur de son chant... C'est cette chanson qui permet à Helena Noguerra de faire complètement oublier son illustre créatrice et surtout de réaliser son rêve pop, tout comme son très beau duo avec Marie France (son "idole"), un "Jamais je ne t'ai dit" saphique d'une grande fragilité qui tranche avec le naturel fabriqué, le pseudo-cool calculé et tellement caricatural de l'autre invité, Vincent Delerm (acclamé, comme s'il suffisait de vendre des disques et d'être une vedette pour être un bon chanteur), qui arrive une main dans la poche, chevelu et échevelé au-delà du raisonnable, avant de débiter sa partie de son petit ton emprunté - toujours le même bien sûr : les logos ne changent pas.
Sur la scène du Bataclan, Helena Noguerra ennuie parfois, agace à l'occasion, quand elle oublie de faire sonner les mots, qu'elle choisit mal ses chansons, et surtout qu'elle les répartit mal - mais elle sait aussi enchanter, et bien mieux qu'au Rond-Point ou que sur le disque lui-même. Rien d'étonnant : seule face à son public, libre, elle semble enfin déterminée à devenir ce qu'elle est.

   
 

   
 

Didier Dahon, février 2008