Florent Marchet & le Courchevel Orchestra    
  Noël's Songs (2010)
 
 
 
   
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A moins d'avoir la grâce et la ferveur ancestrale de Denise Benoit et de sa famille (cf. entre autres les EP Un soir à Bethléem (1953) ou La Veillée de Noël (1957)), difficile, en France, de faire un disque de chansons de Noël écoutable, ne disons pas même convaincant... surtout après les assauts répétés de beaucoup d'interprètes de variété, comme Mireille Mathieu par exemple, dont la pompe vulgaire et la grosse voix, loin d'exalter l'esprit de Noël, l'ont étouffé chaque année un peu davantage. Cela rend la réussite de Florent Marchet d'autant plus éclatante : en faisant un détour par la pop anglaise (laquelle n'a jamais abandonné Noël), il vient ni plus ni moins de réconcilier la chanson française avec le mystère populaire de la nativité... "Ah quand reviendra-t-il ce temps ?" est le meilleur exemple de cet accomplissement : cette brunette dont, au XVIIème siècle, Nicolas Saboly a repris le timbre pour en faire un chant de Noël provençal, lequel fut adapté en français deux siècles plus tard par Emile Blémont, et extrait du repertoire des chorales par Jacques Douai en 1957, devient, grâce à Florent Marchet et son Courchevel Orchestra, littéralement inouïe, et simplement sublime, de fraîcheur, de pureté, de mystère (le xylophone entre 1'41 et 1'51)... "La Marche des rois" est aussi beau, Marchet parvenant une nouvelle fois à mêler, dans un même mouvement étreignant, le très neuf et le très ancien : la chanson traditionnelle met ses habits pop et semble redevenir par là-même ce qu'elle avait toujours été, étourdissante, dansante, festive, humble, naïve... en un mot belle à pleurer, comme la phrase de flûte du pont musical. Est-ce parce que "Douce nuit" est plus récent, "moins folklorique", que Florent Marchet ne parvient pas tout à fait à le régénérer ? Ou est-ce parce le chant composé au début du XIXème siècle par Joseph Mohr et Franz Xaver Gruber a été définitivement écrasé par deux siècles de guimauve atroce ? Ou encore est-ce parce qu'il est, fondamentalement, et depuis le premier jour, guimauve atroce lui-même ? "Petit papa noël", pourtant presque aussi impossible, et bien plus récent (1946), est en revanche une vraie réussite, calme et mystérieux instrumental (agrémenté des choeurs de La Fiancée) qui clôt le EP sur une note à la fois sombre et apaisée, après l'unique chanson originale, écrite et composée par Florent Marchet, "Les Lumières de Noël", peut-être le sommet du disque, entre ferveur et mélancolie...
Articuler, sans aucun second degré, sans le moindre sourire en coin, le Noël de Tino Rossi et le plus fin, le plus pur de la pop française d'aujourd'hui ; rendre palpable le lien qui peut unir cette pop légère et transparente avec un air du folklore et une chanson de Piaf ("Les Neiges de Finlande", superbe chanson de Marguerite Monnot et de Henri Contet, sans pathos, tout en mélancolie) ; chanter "l'âne et le boeuf" et "Sainte Marie heureuse et fière [qui] allaitait Jésus" sans jamais investir ces mots de religiosité, tout en permettant, même à ceux qui ne croient pas, d'y croire quand même l'espace d'un instant : voilà l'impossible, et voilà le miracle de ce Noël 2010.

   
       
  Didier Dahon, janvier 2011    
       
  1 Ah quand reviendra-t-il ce temps ? (Trad. / Blémont)
2 Les Neiges de Finlande (Marguerite Monnot / Henri Contet)
3 Douce nuit (Joseph Mohr / Franz Xaver Gruber)
4 La Marche des rois (Trad)
5 Les Lumières de Noël (Florent Marchet)
6 Petit papa Noël (Raymond Vinci / Henri Martinet)

   
       
  Réalisé par Florent Marchet    
  Photographie : Matthieu Dorthomb    
  CD PIAS