Jean Guidoni    
 

Un matin de juillet, entre deux séries de concerts à la Boule Noire, Jean Guidoni a répondu à nos questions avec une franchise à la fois féroce et timide qui semble lui être propre. L'homme qui ne dort pratiquement pas (et boit beaucoup de café) évoque quelques-unes des étapes de sa longue marche avec une drôlerie lucide et un recul qui n'est pas seulement politesse, mais aussi intelligence du métier.

   
 
Propos recueillis par Didier Dahon et Jérôme Reybaud à Paris le sept juillet 2007. Photographies : France de Mougy pour Lalalala (sauf indication contraire)
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Entretiens
 

Marcher

LALALALA : Comment marchez-vous ? En observant les gens, les bâtiments ? Avec ou sans but ? Pour vous dépenser... ?

JEAN GUIDONI :
Je marche beaucoup moins que je n'ai marché. Quand j'ai demandé à Pierre Philippe de m'écrire des chansons, il a cherché à en savoir un peu plus sur moi, qui étais très timide. Il m'a dit : "Que faites-vous de votre temps ?" J'ai répondu : "Je marche." A ce moment-là, je marchais toute la nuit. J'habitais rue de la Faisanderie, donc, évidemment, mes premières marches étaient pour le bois de Boulogne, que j'ai beaucoup arpenté, d'autant que je ne dors pratiquement pas. Au début j'y allais un peu pour draguer, mais avec le temps j'ai commencé à rencontrer des gens sur ces chemins. Et c'est surtout cela qui m'intéressait, parler avec des gens à des heures où ils sont un peu plus libres. Je parlais parfois une heure, parfois toute une nuit. A un certain moment, c'est devenu systématique, j'y allais tous les soirs sans but réel. J'ai continué la marche tant que j'ai habité Paris, et dès que j'y reviens, je vais marcher dans les rues, sans but. Cela permet de rêver, mais aussi de faire le vide...

A Paris, le premier septembre 2007

- Vous parliez de drague, n'y a-t-il pas un lien intrinsèque entre la drague et la marche ?

- Oui, il y avait un lien direct pour moi. Maintenant ce serait moins vrai, parce qu'à un certain âge... Mais je continue d'associer la marche aux rencontres. J'ai rencontré des gens assez incroyables, cela dépendait des quartiers... C'est donc sur ce sujet que Pierre Philippe a écrit sa première chanson pour moi. Il savait très bien ce que je faisais...

- Je crois que vous avez un rite qui est de vous rendre à pied à la salle de concert avant une première.

- Oui, peut-être pour me vider.

- Vous partez de chez vous ?

- Non, toujours de l'endroit où j'étais arrivé à Paris, le 114, rue Ordener où j'ai eu ma première place.

- Vous partez du 114 à chaque fois ?

- Oui.

- Même pour allez au théâtre Silvia Monfort ?


- Oui, pour Silvia Monfort il faisait très chaud, mais j'en ai quand même parcouru la moitié à pied. Pour la Boule Noire, je l'ai fait aussi.

- Cette marche rituelle d'avant concert, vous la faites moins pour les rencontres...


- ... c'est un truc que j'ai. Quand je suis arrivé à Paris, je voulais travailler à l'Olympia. Je m'étais dit : "Le jour où tu passes dans une salle de spectacle, tu partiras de là", et chaque fois j'essaie de le faire. Ce n'était pas une superstition mais plutôt une façon de rêver, et surtout de faire en sorte que le rêve se concrétise. Et aujourd'hui cela me permet de me replonger dans l'espèce de naïveté que j'ai par rapport à ce métier.

– N'avez-vous jamais eu envie d'écrire sur ces marches dans Paris, comme Léon-Paul Fargue ou Jacques Réda, ou sur les rencontres qu'elles vous ont permis de faire ?

- Non, pas vraiment, mais il y a parfois dans mes textes une structure qui procède de la logique de la marche, par exemple dans mon deuxième livre Chanter n'est pas jouer (1), on passe d'une chose à une autre, du passé au présent...

- Peut-être que Pierre Philippe avait déjà tout dit sur cette question dans "Je marche dans les villes"...


- Oui, parce qu'il s'est inspiré de moi, de mes déambulations de drague, de ces choses un peu sexuelles, il faut bien l'avouer. Bon, j'étais moins content quand il a écrit "J'ai marché dans le villes" vingt ans plus tard [rires].

"Parole, parole, parole..."

- Vous avez travaillé avec de nombreux compositeurs, vous en avez même beaucoup changé...

- Je n'ai jamais été bloqué par un succès énorme, ce qui m'a donné une grande liberté de choix. Cela m'a permis de me balader dans des univers musicaux différents, souvent improbables, mais en tous cas assez intéressants dans l'ensemble, même si ponctuellement c'est moins réussi, car il arrive que l'on se trompe. J'ai commencé par la variété. Je ne savais rien, j'avais juste envie de chanter et de faire de la scène. Par bonheur, j'ai rencontré Marcel Rothel, qui m'a ouvert les portes, et d'une façon tellement évidente que cela m'a paru facile. Mais je ne savais pas ce que j'avais envie de chanter... j'avais une vague idée que je n'osais pas dire. Je me suis alors retrouvé en période d'apprentissage. A l'époque débuter était plus facile que maintenant, d'abord parce qu'il y avait plus d'argent et surtout parce que les maisons des disques suivaient les artistes qu'elles avaient choisis. Donc j'ai commencé par la variété, le monde de Guy Lux et de Maritie et Gilbert Carpentier, je ne voyais pas plus loin, ou ce que je voyais au-delà me paraissait inabordable.

- C'est la maison de disques qui vous présentait les compositeurs ?


- Non, j'étais en édition chez Michel Legrand, donc on cherchait des chansons. Ma première rencontre a été celle de Lydia Verkine, une chanteuse et auteur qui avait sorti quelques disques, dont un magnifique. C'était la première fois que quelqu'un écrivait pour moi. Et puis Anne Grégory et Yani Spanos se sont mis à écrire pour moi. A cette époque, les années 73-74, il y avait un nouveau son qui arrivait, des chansons un peu "baroques", un peu théâtrales, de la variété mais bien faite, plus ambitieuse. Donc nous avons fait des disques petit à petit, mais quand je suis arrivé sur scène (parce que j'ai eu la chance d'en faire tout de suite), ce n'était pas la même chose... Les chansons qu'on trouvait jolies pendant la séance d'enregistrement, ne passaient pas la rampe...

Troisième 45 tours, en 1976
(photographie : Alain Marouani)


- Les chansons se dégonflaient sur scène....


- Oui. Encore si elles avaient été des tubes... mais là il fallait tenir, et j'avais honte. Il y avait pourtant de jolies choses, entre autres "Le têtard" écrit par Jacques Lanzmann, mais enfin... Ces chansons étaient faites pour avoir du succès, mais elles ne marchaient pas comme prévu, du coup c'était bancal. J'ai complètement paniqué, j'ai décidé d'arrêter, et par hasard j'ai été engagé au Rive droite qui s'appelle aujourd'hui le Baron, pour un petit tour de chant. J'ai fait un peu ce que je savais faire, on m'a réengagé pour la saison suivante. J'ai rencontré alors le musicien Michel Cywie. Et à ce moment-là j'ai commencé à écrire mes premières chansons, "Y'a un climat" etc. A ma façon, j'ai construit une sorte de spectacle un peu hybride, entre la variété et le cabaret... C'est le moment où j'ai commencé à me maquiller, et malgré les critiques de mes copains, qui disaient que je ressemblais à une folle dans sa cuisine, je sentais que j'avais raison. Tout à fait par hasard, je suis allé écouter Ingrid Caven au Pigall's. Et là, ce que je vois sur scène, c'est exactement la concrétisation de mes envies, de ce que je pressentais. Je rencontre alors Pierre Philippe, qui avait adapté les textes de Fassbinder pour Caven ; il accepte de m'écrire des chansons, dont Michel Cywie compose la musique. Pierre détestait ces musiques et les déteste toujours d'ailleurs. Il n'a jamais supporté la musique de "Djemila" par exemple, qu'il trouvait "trop variété". Nous avons fait un premier disque en 1980, et à partir de ce moment-là, j'ai fait passer le texte avant tout.

- La forte prévalence du texte par rapport à la musique venait donc de Pierre Philippe ?


- Elle venait de moi aussi... des deux en fait. Quand j'ai reçu son premier texte, je me suis dit "Ca y est, il a tout compris." Et la musique... c'était plutôt de la musique d'accompagnement, sauf avec Astor Piazzolla... et encore, Astor a scrupuleusement respecté les textes de Pierre, qui sont très denses, ce qui réduit beaucoup la liberté du compositeur. La musique devient donc un peu une musique d'expression, ou de soutien.

- Aujourd'hui la musique n'est-elle pas plus importante à vos yeux, notamment depuis la publication de Trapèze en 2004 ?


- Oui, je crois que cela a changé. Mon écriture est maintenant plus légère, donc la place de la musique a évolué elle aussi. Mais ce qui m'intéresse aujourd'hui, ce n'est finalement pas tant la musique, que les rapports avec les compositeurs. Je leur laisse désormais "l'espace" nécessaire pour composer, je leur fais confiance, même si, c'est vrai, le texte reste premier.

- Parmi tous les musiciens avec qui vous avez travaillé, lesquels ont-ils mis davantage vos textes en valeur ? Michel Legrand peut-être...

- Michel Legrand, oui, pour certaines chansons, et Nicolas Deutsch pour le dernier album. Il a d'ailleurs coupé certaines parties du texte pour laisser la place à la musique, par exemple dans la chanson "La pointe rouge". Cela ne m'a pas du tout gêné car je n'ai pas d'ego d'auteur, on peut taillader dans mon texte tant que le sens reste. Mais j'étais inquiet pour la scène, j'avais peur de ne pas m'en sortir avec quatre phrases seulement, mais en fait c'est une des chansons qui marche le mieux, émotionnellement. Cela me rassure, car si il n'y a pas de mots, je panique. Je peux laisser la place à la musique dans une certaine mesure, mais j'ai toujours peur de "lâcher", de laisser tomber les rênes. C'est un peu ce qui s'était passé avec Trapèze sur scène.

- C'est un disque où les arrangements ont une grande importance...


- A l'écoute ça va, mais sur scène je ne savais plus où j'étais, à part sur deux ou trois chansons. En plus ce genre de musiciens "rock" fait des introductions et des queues musicales très longues qui ne sont pas prévues... Je n'ai pas voulu gueuler, j'ai donc essayé de "jouer groupe", mais je n'aime pas ça. Je pense que pour le rapport avec le public, l'émotion, ce n'est pas bon. Et puis... je ne suis pas un groupe ! [rires]

- Néanmoins, d'une manière générale, vous semblez avoir aujourd'hui des rapports apaisés avec vos musiciens.

- Oui, les rapports ont changé depuis, mais je me méfie des musiciens en groupe, c'est un peu l'armée. Dès qu'ils sont quatre ou cinq, il est difficile d'imposer des choses. Par exemple ils ont une façon de parler, un vocabulaire qui ne sont pas les miens. Mais j'avoue que travailler avec Edith Fambuena m'a redonné confiance dans les musiciens, parce que c'est quelqu'un d'intelligent, qui va au-delà des notes. C'est elle qui m'a fait rencontrer Fabrice Ravel-Chapuis que je connaissais par Artango, et d'un coup je rencontrais quelqu'un qui connaissait mon répertoire, qui m'a encouragé à reprendre d'anciennes chansons et avec qui je peux avoir un discours humain. Il ne faut pas avoir un ego trop grand, moi je n'en ai pas, et si un musicien en a trop, tout bascule. Il faut jouer franc jeu et Fabrice sait très bien le faire.

- Vous avez écrit une très belle chanson pour Lou Saintagne, "Mon hystérique chéri". Cependant vous écrivez surtout pour vous...


- Je n'écris pas pour les autres. Il n'y a que cette chanson. D'ailleurs c'est Lou qui m'a donné l'idée du titre : elle avait rêvé qu'elle chantait une chanson qui s'appelait "Mon hystérique chéri". En y réfléchissant un peu, je me dis que j'aimerais beaucoup écrire pour d'autres, mais j'ai déjà du mal pour moi. En fait, j'ai recommencé à écrire avec Edith Fambuena au moment où nous avons signé un contrat avec Wagram pour Trapèze – entre parenthèses la signature s'est faite sur les noms de Marie Nimier, Jean Rouaud, Daniel Lavoie et Les Valentins, moi je n'étais que la cinquième roue du carrosse. C'est Edith et Anika Grill qui m'ont donné envie de me remettre à écrire. Pour La Pointe Rouge, j'ai eu du mal... et comme je n'y arrivais pas, j'ai décidé de rédiger la critique imaginaire du disque à venir, ce qui m'a permis ensuite d'écrire les textes.

- Est-ce que vous vous considérez comme un auteur ou d'abord comme un interprète ?

- Interprète, oui. Mais je ne me considère pas comme un auteur. J'aurais même du mal a assumer un disque que j'écrirais tout seul. Il me manquerait un regard extérieur. C'est peut-être parce que j'ai beaucoup travaillé avec Pierre Philippe, ou Enzo Cormann, qui écrit aussi de très belles chansons, mais ce que j'écris ne me suffit pas. En tant qu'interprète, cela ne me suffit pas du tout.

Pop et music-hall

- Votre public, qui est très fidèle, vous a-t-il suivi lors de votre virage pop amorcé par Trapèze ?

– Il commence à revenir, mais je crois qu'il a eu "peur" de Trapèze, encore une fois pas tant du disque que du spectacle. Dieu merci, je n'ai pas fait beaucoup de dates, parce que moi-même, je n'étais pas à l'aise. Je ne crois pas que ce soit le virage pop en tant que tel qui lui ait fait peur, parce qu'avec moi, le public a l'habitude des virages ; mais il a eu l'impression que j'abandonnais complètement le reste, ce qui était vrai car les musiciens ne voulaient pas me suivre dans mon répertoire antérieur. Du coup j'avais décidé de me passer d'eux et de chanter deux ou trois de mes chansons a capella, ce qui est terrible pour un musicien. Ils ont été un peu perturbés, mais c'était leur peau ou la mienne. Le public a peut-être aussi été surpris par ma façon de chanter, beaucoup plus grave, adoptée sur les conseils d'Edith Fambuena qui m'avait dit de ne pas revenir avec un disque tonitruant. Je ne regrette rien, mais parfois il faut savoir y aller directement...

A Paris, le premier septembre 2007


- Avec votre spectacle actuel à la Boule Noire, vous avez trouvé un équilibre entre les nouvelles chansons de La Pointe Rouge et les anciennes.

- Oui, et cela rassure le public. Cet équilibre, c'est exactement ce que je recherche, mais il est difficile à mettre en pratique avec les musiciens. Par exemple certains maintenant ne savent pas lire la musique, et il faut donc trois jours pour répéter une chanson. Heureusement qu'avec Fabrice Ravel-Chapuis, qui m'accompagne aujourd'hui, deux heures suffisent. En plus il connaît bien mes anciennes chansons, c'est lui qui m'a poussé, par exemple, à chanter "Allée des coquelicots". Il m'a aidé à trouver l'équilibre du spectacle. Mais cela ne se passe pas toujours aussi bien : on peut être très complice avec un musicien lors de l'enregistrement d'un disque, et beaucoup moins lors du passage à la scène. Sur la scène, c'est moi seul.

- Vous vous considérez comme un interprète. Pourtant, quand on voit vos spectacles, on pense souvent au meneur de revue : il y a la répartie, la présence, l'énergie, la façon de tenir la salle etc. Aimeriez-vous mener une revue ?


- Oui bien sûr.

- Dans ce cas, quelles seraient vos références ? L'Alcazar de Jean-Marie Rivière, le Casino de Zizi Jeanmaire, les Folies Bergère... ?


- Mon rêve ce serait, sans prétention, de faire une sorte de florilège du Music-hall, influencé aussi bien par les Folies Bergères que par Jean-Marie Rivière. J'ai essayé de le faire quelquefois, par exemple à l'auditorium des Halles. J'ai eu des danseurs, j'ai repris Joséphine Baker, parce que j'adore ça et que j'aime "avoir la mémoire des choses". Je traduis cet amour sur scène à ma façon et comme je le peux, car c'est surtout une question de moyens. A la Boule Noire, j'ai la chance d'avoir cinq danseurs de Réda avec moi. Si j'en avais la possibilité, je monterais un spectacle dans une grande salle comme le Châtelet, avec quelques-unes de mes chansons, quelques incontournables du répertoire, d'autres qui n'ont presque jamais été reprises et enfin des créations... Mais encore une fois il faut de l'argent, car sinon cela devient du cabaret... Je me rappelle que lorsqu'Arias avait lancé sa revue aux Folies Bergère, certains disaient : "Pourquoi n'a-t-il pas pris Jean Guidoni ?"... En fait je crois que je leur fais peur.



Ingrid Caven


- Qu'est-ce qui dans le concert d'Ingrid Caven au Pigall's vous a tant frappé ?

Je sortais de ma période variété et j'essayais de faire des choses plus intéressantes. Je ne connaissais pas du tout Ingrid Caven, seulement Fassbinder. Un jour dans France Soir, j'ai lu une page titrée "La révélation Ingrid Caven". J'étais à mille lieues d'imaginer ce que c'était, mais je pensais qu'il fallait y aller. C'était la dernière, j'ai fait des pieds et des mains pour obtenir des places, en vain. Moi qui ne suis pas culotté, je me suis quand même présenté et j'ai pu obtenir une place au premier rang grâce à un copain preneur de son qui enregistrait ce soir-là le disque du concert. Ce qui m'a plu surtout, c'est la distance. Moi qui me sentais tellement con à chanter avec gravité des chansons en première partie de Serge Lama sous des chapiteaux, je découvrais soudain qu'on pouvait se moquer de soi. Jusque-là pour moi la chanson, c'était sérieux, très loin de toute dérision ; et d'un coup, avec Caven, tout devenait limpide.

- D'une certaine manière, on retrouve cette dérision chez Sylvie Vartan, que vous aimez beaucoup et que vous parodiez volontiers sur scène. N'y a-t-il pas un lien paradoxal entre ces deux interprètes ?

- Il y a un lien, oui... en tous cas, il y a chez chacune une mise en scène de soi...

- .... Comme chez les putes de Marseille qui elles aussi vous inspirent...

- ... Exactement ! Je pense que Caven le fait sciemment, avec une certaine culture, et que Vartan le fait inconsciemment.

- Oui, l'une intellectualise et l'autre pas. Mais vous faites très bien sentir le lien qui les rapproche.


- L'une m'a amusé quand j'étais petit et l'autre m'a rassuré intellectuellement plus tard. Je ne trouve cette distance ni chez les chanteurs, ni chez les chanteuses, à part peut-être Dalida. Aujourd'hui il ne faut pas rigoler, on veut du sérieux.

- Du sérieux et du sincère.

- Voilà, alors que la sincérité peut très bien se trouver dans la distance. Et même davantage.

- Avez-vous rencontré Caven ?


- Oui.

- Vous n'avez pas cherché à collaborer avec elle ?

- Elle était venue me voir en spectacle. Elle a de la distance sur scène, mais je crois qu'elle en a encore plus avec les gens ! [rires] Je l'aime tellement... Après, je suis allé la voir plusieurs fois à l'Athénée où elle chantait Piaf. A ce moment-là nous avons parlé davantage. Elle était contente car elle disait qu'il y avait beaucoup d'amateurs de Guidoni qui venaient l'écouter.

- Vous êtes son meilleur attaché de presse...


- [Rires]. Je pense que cela lui faisait plaisir, même si au début elle s'est peut-être demandée si je ne risquais pas de marcher sur ses plates-bandes. Mais moi je venais d'un autre univers, et je ne pense pas l'avoir jamais imitée, sauf dans "Nuit de chine" à la Boule Noire. Je crois qu'elle a fait une erreur peu après le Pigall's : devenue la coqueluche de tout Paris, elle a donné un récital au pavillon Gabriel, qui était très mauvais. Au lieu de continuer avec Pierre Philippe, Fassbinder etc, elle a changé de répertoire et s'est presque reniée : elle n'a fait que deux petits extraits des chansons du Pigall's en les introduisant par "En ce temps-là je chantais..." Pourtant les gens étaient venus pour ça, et non pas pour les nouvelles chansons écrites par Etienne Roda-Gil... Je me souviens d'une d'entre elles qui s'appelait "Merde molle" : "Cette merde molle sur laquelle j'ai marché / Ce n'est pas mon coeur / C'est mon pied" ! [rires] C'était une distance fausse, fabriquée ; Roda-Gil avait gardé l'apparence de ce qu'elle était, l'écume, il a essayé de vendre Ingrid Caven au grand public, mais ça n'a pas marché. Heureusement plus tard il y a eu son tour de chant Piaf.

- D'une certaine manière, Jean Guidoni est né au Pigall's...


- Après le Pigall's, j'avais tout en main : les textes de Pierre Philippe, et surtout le désir... Je me suis dit que je n'avais rien à perdre à faire ce que je voulais vraiment. Cela m'a permis de "sortir de moi". A l'époque j'étais très coincé, je ne disais pas un mot. La première interview que j'ai faite, j'ai seulement répondu oui [rires]. Et même Pierre avait du mal à me faire parler. Donc ce soir-là, j'ai "éclaté dans ma peau". J'ai saisi une liberté.

- Au risque de devoir retourner à la coiffure...


- ... Au risque de rien, parce que je pensais que ma carrière était finie ! Depuis mon premier disque en 1974, il s'était passé six ans, et j'étais devenu complètement désabusé. C'était donc vital pour moi.

La chanson dans le sang (de Vartan à Oswald)

- Vous évoquez souvent la peinture, le cinéma etc. Comment avez-vous constitué votre culture ?


- Je suis autodidacte, complètement, et je l'étais déjà enfant, mais sans le savoir. C'est après que les choses me sont revenues, comme French cancan ou Judy Garland, que j'avais vus très jeune, mais que j'avais mis de côté. Même Brecht et Weill, que je suis "allé chercher", mais que je connaissais déjà sans savoir si je les aimais ou pas, sans les comprendre vraiment. La peinture, elle, est venue comme ça, parce que j'adore peindre.

A Paris, le 7 juillet 2007 (photographie :
Jérôme Reybaud pour Lalalala)


- Sur scène, vous avez chanté "Lalala" d'Ingrid Caven, des titres de Joséphine Baker, de Charles Trenet etc. Comment choisissez-vous les chansons du répertoire que vous interprétez ?


- Ce sont des chansons que j'aime beaucoup. "Nuit de Chine" que je chante à la Boule Noire est un cas un peu particulier : en fait j'avais choisi "Lili Marleen", mais comme je ne parle pas bien l'allemand, quelqu'un m'a conseillé de réécouter "Nuit de Chine". Ce sont des chansons que j'aime...

- ... Même "La boudeuse" ?


- [Rires]. C'est une chanson d'enfance que chantait ma grand-mère corse. Il y a beaucoup de chansons que j'aimerais reprendre, certaines extraites d'opérettes marseillaises par exemple. Ces reprises permettent de jouer, de rire, de s'amuser de soi et d'ajouter un peu de légèreté au spectacle.

- Justement, on entend le public rire dans l'enregistrement du Concert 1989 à l'Espace Européen pendant une chanson de Prévert ("La chanson dans le sang") qui n'est pas particulièrement drôle...

- Je ne savais pas que le public allait rire. J'avais travaillé et enregistré au piano cette chanson pour Hélène Hazera qui faisait une émission sur Prévert pour France Culture avec André Heinrich en 1988. Mais c'est un texte en prose, difficile à interpréter, très linéaire, et lorsque j'ai commencé à travailler cette chanson pour le concert de l'Européen avec deux pianistes japonais qui ne parlaient pas un mot de français, je me suis aperçu que ça ne marchait pas du tout. Le soir avant d'entrer en scène, je leur ai dit "nein", on ne la fait pas, et je l'ai chantée a capella. D'un coup j'ai redécouvert le texte, sur la scène. Le premier soir, je ne savais pas comment les gens allaient réagir, j'ai d'ailleurs un film de cette première dans lequel on voit que j'hésite entre chanter sérieusement ou pas. Après j'ai choisi le rire.

A Paris, le 7 juillet 2007 (photographie :
Jérôme Reybaud pour Lalalala)

- Mais Prévert, c'est quand même un peu inattendu pour vous.

- A ce moment-là les spécialistes de Prévert n'étaient pas très contents que je le chante comme ça. Mais c'est Janine Prévert elle-même qui m'avait conseillé de prendre "La chanson de l'homme", peu chantée, et "La vie de famille", pas du tout. Il a d'ailleurs fallu reconstituer la partition de Hanns Eisler pour "La vie de famille". Je suis venu à Prévert parce que je voulais chanter Marianne Oswald, qui est très importante pour moi et que j'ai d'ailleurs rencontrée. En fait je connaissais ses chansons depuis toujours, mais je les avais mises de côté car à douze ans, j'avais fait le choix de Sylvie Vartan...

- Outre Marianne Oswald, quels sont les grands interprètes de Prévert selon vous ? Cora Vaucaire, Catherine Sauvage, Yves Montand ?

- Catherine Sauvage un peu, Montand j'ai du mal...

- Tout de même, on vous imagine plus proche de Mac Orlan que de Prévert...

- C'est mon rêve de chanter du Mac Orlan, surtout depuis que j'ai vu Monique Morelli le faire sur scène. Prévert, comme je l'ai dit, c'est Oswald qui m'a donné envie de l'interpréter, et puis d'une certaine façon je l'ai détourné. Ce qu'on connaît de lui en général, c'est un peu gnan-gnan, mais j'ai choisi des textes plus durs. "Coeur de docker" par exemple est très belle, et assez difficile à chanter.

M, le projet maudit

- Politiquement, on a l'impression que parallèlement au Guidoni très direct de "Rouge" par exemple, existe un Guidoni plus ambigu, qui résiste à la tentation de désigner les bons et les méchants, comme dans la chanson "Chez Guitte".

- Oui. Guitte a existé, elle avait un bar à Pigalle et chantait pour les Allemands ; son personnage était à la fois pathétique et extraordinaire. Il n'y a pas longtemps, sur mon blog (2), j'ai posté un extrait de film avec Arletty, et certains ont fait allusion à son attitude pendant la guerre. Mais moi, je me mets à la place des gens et je me demande ce que j'aurais fait. On peut être engagé, avoir des valeurs, mais on ne peut pas taper sur le gens : ils sont ce qu'ils sont.

- Cela peut faire penser au film de Paul Vecchiali, En haut des marches, qui évoque la Collaboration et oblige le spectateur à se demander ce qu'il aurait fait dans les mêmes circonstances. D'ailleurs vous avez de nombreux points communs avec lui : les origines corses, Toulon, un art à la fois populaire et intellectuel...

- Nous avions un projet de spectacle ensemble intitulé Aime le maudit. Nous avions en effet tellement de points communs que lorsque je l'ai rencontré, je lui ai fait entièrement confiance, je me suis lancé dans cette relation comme un seul homme. Il préparait un film, Le Clochard de Dieu, dont il m'avait fait lire la première scène, magnifique. C'était en 1990. Moi je chantais à l'Olympia et je lui ai demandé de filmer le concert, ce qu'il a fait. Ensuite nous nous sommes mis au travail pour Aime le maudit, avec Hélène Surgère et toute sa bande. C'était une comédie musicale, Hélène Surgère chantait, elle a fait plusieurs maquettes avec Roland Vincent, qui composait la musique. J'écrivais et j'interprétais M. Paul Vecchiali mettait en scène et Jean-Claude Camus produisait. Le spectacle était très avancé, nous avions même la salle, à la Villette...

- ... Et puis ?

- Et puis un jour la confiance a disparu, alors j'ai préféré tout arrêter. Cela a été très difficile... C'est un regret, entre autres parce que la musique de Roland Vincent était jolie, avec un côté un peu opérette qui adoucissait le propos. J'aime son écriture. Plus tard j'ai demandé à Thomas Gubitsch, un compositeur de musique latino-américaine, de travailler sur mes textes, mais une fois que le fil est cassé, c'est terminé. J'ai tourné la page.

Guidoni sings Legrand


- Vous avez enregistré un album avec Michel Legrand (Vertigo, 1995). Préférez-vous Les Parapluies ou Les Demoiselles ?

- Je préfère Les Parapluies de Cherbourg.

- Il est un peu étonnant que Michel Legrand ait voulu travailler avec vous qui avez un univers assez sombre, alors qu'il avait refusé de composer la musique d'Une chambre en ville pour Jacques Demy en raison de la noirceur du scénario.


- Oui, je ne sais pas, mais il faut rappeler que c'est lui qui a produit mon premier disque.

- Il faut dire qu'on vous imagine davantage en Dominique Sanda nue sous un vison qu'en Catherine Deneuve impeccablement chignonée...

- [Rires]. Oui... Quoique... J'avais des liens avec Michel, puisque c'est sa mère qui m'avait fait signer mon premier contrat et que nous avions un musicien en commun. Un jour c'est lui qui m'a dit que Michel m'aimait beaucoup. Nous avons décidé de faire des chansons, puis un spectacle au Casino de Paris. Au départ il devait seulement m'accompagner, puis il a voulu chanter une chanson, puis deux... et finalement il a partagé l'affiche avec moi – ce que je n'aurais jamais dû accepter.

- Vous ne vous êtes quand même pas retrouvé en première partie de Michel Legrand !


- Nous avons mélangé, ce qui est pire ! [rires] Cela ne tenait pas debout. Ce sont deux univers très différents, effectivement...

- Pourtant le disque est très réussi.


- Voilà, c'est ce que j'allais dire. Autant les enregistrements se sont bien passés, autant la scène... C'était le premier disque pour lequel je signais pratiquement tous les textes, qui se sont très bien mariés avec les musiques de Michel. Nous avons eu une véritable complicité.

- Il y a une sorte de lyrisme qui vous rapproche.


- Oui. En fait je suis un chanteur, ce que j'ai caché pendant des années, surtout à cause des textes de Pierre Philippe, qui exigent un autre mode d'expression. D'ailleurs au début, je ne voulais pas chanter du tout, cela m'angoissait. C'est donc avec Michel que j'ai en quelque sorte réappris à chanter. Mais pour la scène partagée, j'ai été un peu lâche, j'aurais dû dire non. Je sentais que ce n'était pas bien, car nous avons deux façons d'aborder la scène absolument différentes. Michel n'avait pas assez de distance, moi je ne pouvais pas en avoir trop, donc c'était complètement bancal.

- Quel était le public ? Le vôtre ou le sien ?


- Plutôt le mien. Nous avons fait six jours.

- Il aurait peut-être été plus à l'aise à Las Vegas...


- Oui, il aurait fait un triomphe et moi j'aurais dû ramer - quoique je ne me serais pas laissé faire ! [rires] Mais sur la scène du Casino, Michel n'était pas très à l'aise, par exemple il ne regardait pas la lumière, contrairement à moi, ce qui faisait penser à tort à certains qu'il était moins bien éclairé que moi. Les deux premiers soirs, j'ai choisi de rester en retrait. Et puis j'ai compris que cela ne marcherait pas de toute manière : je ne suis pas Diana Ross ! [rires] Je ne suis pas un chanteur américain, je fonctionne sur autre chose. Donc, le troisième soir, je me suis laissé aller et j'ai réinvesti la scène comme je le fais habituellement. Mais lorsque Michel chantait trois chansons tout seul, les gens criaient "Guidoni ! Guidoni !"... Il ne m'a jamais rien dit. J'étais content que ça s'arrête, même si aujourd'hui je n'en garde pas un mauvais souvenir. Je devrais toujours éviter d'être accompagné sur scène pas les compositeurs de me chansons...

- Puisque vous connaissez Michel Legrand et sa mère, vous connaissez peut-être sa belle-mère, Colette Renard...


- Je l'ai rencontrée, oui, je l'aime beaucoup. J'ai même chanté deux de ses chansons, "Ca c'est de la musique" en ouverture au Théâtre de la Ville, et une chanson d'Irma la douce. J'ai dîné avec elle, elle est d'une grande intelligence.

- Vous pourriez lui emprunter son "Tais-toi Marseille"...

[Il chante].

Commerce

A Paris, le premier septembre 2007

- Vous avez critiqué la télévision. Est-ce que l'internet vous semble un média plus adapté à la chanson ?

- D'abord l'internet me permet de garder un lien avec moi, je veux dire avec Jean Guidoni. Cela paraît bête, mais quand je suis tout seul à la campagne, je me perds un peu. Mais il ne faut pas en devenir dépendant, comme je peux l'être certaines nuits quand je ne dors pas. Comme souvent, c'est la maison de disques qui m'a ouvert une page, puis j'ai découvert le blog qui m'a un peu servi d'instrument de travail, car grâce à lui l'artiste continue de vivre après ses spectacles...

- Vous avez été un "artiste RCA", puis Philips. Est-ce que ces grosses maisons vous ont toujours soutenu ?

- Philips m'a suivi pendant trois disques, puis la direction a basculé et les nouvelles équipes m'ont mis à la porte. Mais à ce moment-là, il y avait quand même un véritable suivi de l'artiste. Après j'ai beaucoup changé de label. Je ne sais pas quoi vous dire, si ce n'est que ce sont des gens que je souhaite rencontrer le moins possible... Ce qui me déplaît le plus, c'est le peu de cas qu'ils font des personnes.

- Même Wagram, votre label actuel, qui est un indépendant ?


- Wagram n'est pas une petite maison en vérité, mais presque une major. Ils ne sont ni gentils ni méchants, ils sont comme les autres. Ils n'ont pas de suivi, mais ils ne peuvent pas en avoir car ils n'ont plus le temps : un disque, c'est trois mois, et s'il ne décolle pas... Quand ils m'ont signé, je pensais que c'était un peu pour mon nom, je ne suis pas un débutant, mais dès qu'on entre dans le circuit commercial, que l'on soit Guidoni ou x, on est évalué comme les autres en terme de ventes. Peut-être avec quelques sourires en plus.

- Cela a-t-il toujours été le cas ?

- Un peu moins. Il y avait autrefois des chefs de produits qui étaient des vrais chefs de produits. Ils laissaient du temps à l'artiste. Chez Philips par exemple j'avais Gérard Baquet, qui a été viré avec moi. Aujourd'hui c'est beaucoup plus difficile humainement. On est contre un mur. Il faut le savoir et n'attendre ni investir aucun affect.

Le génie du lieu

- A propos des salles de spectacle, vous avez dit que c'étaient les lieux eux-mêmes qui vous donnaient envie de chanter... Est-ce qu'il y a un lieu à Paris que vous n'avez pas encore expérimenté et que vous aimeriez bien investir ?


- J'aimerais chanter de nouveau aux Bouffes du Nord, ou sur la scène d'un théâtre, comme l'Edouard VII, pour voir ce que je peux y faire. J'aime les endroits un peu décalés, comme Les Bouffes du Nord justement, ou La Manufacture des Oeillets. Mais aussi les salles plus cossues. Je crois qu'il y a des lieux où l'on est soi et des lieux où l'on est ce que l'on représente. Quand je suis arrivé à l'Olympia, ce n'était plus moi. J'avais l'impression d'être une affiche qui bougeait, peut-être à cause de cette espèce de légende attachée à la salle, alors que dans un lieu comme la Boule Noire, on est obligé d'avoir un contact direct avec le public.

- Vous étiez porté par la salle ou même seulement par son nom...


- ... Oui j'étais complètement porté, mais je crois que cela doit être pareil pour tout le monde. A l'Olympia, c'est impossible d'avoir un trou de mémoire...

- ... Pour Juliette Gréco pourtant c'est possible...


- [Rires]... En ce qui me concerne j'étais vraiment porté. J'ai eu le même sentiment au Théâtre de la Ville : je n'étais plus Jean Guidoni, mais la chose elle-même. Je suis peut-être plus sensible à ces impressions, que j'imagine sûrement, parce que j'aime le music-hall. Donc je me sens beaucoup plus protégé quand je chante dans ces salles-là que si je dois faire une radio en direct – là, je panique. A l'Olympia, j'ai le trac mais je n'ai pas peur.

La route

- Vous reprendrez du 2 au 5 octobre votre spectacle à la Boule Noire.


- Oui, avec de nouvelles premières parties, Zoé et le dernier soir Edith Fambuena avec son groupe Spring. C'est une fille extraordinaire. Musicalement et humainement. Je pense que nous ferons mon prochain disque ensemble, avec Fabrice Ravel-Chapuis également, et Mathias Malzieu, s'il veut bien.

A Paris, le premier septembre 2007
 
 

- Pour cette génération de culture plutôt pop ou rock, que représente Jean Guidoni ? Vous perçoit-elle comme un "monument", avec toute une histoire, ou simplement comme un nouvel interprète de ses musiques ou de ses textes ?

- Monument, c'est exagéré, mais il y a un une espèce de respect qui s'est créé, c'est assez bizarre. En ce qui me concerne je n'ai pas cette impression-là, au contraire, j'ai toujours le sentiment de ramer. Et puis je suis toujours le nez dans ce que je suis en train de faire, sans penser à mon parcours et à ce qu'il peut représenter. Donc cette génération de musiciens m'a permis de prendre un peu de recul. Au moment de la préparation de Trapèze, alors que je me trouvais trop vieux, que je pensais que je n'avais plus rien à dire, Edith m'a dit et prouvé que de nombreux artistes plus jeunes, comme Dominique A, m'appréciaient, me respectaient et étaient prêts à travailler avec moi, ce qui n'était pas forcément le cas de la génération précédente, trop proche de moi.

- Vous poursuivez donc votre virage pop. D'ailleurs ce n'est plus un virage, c'est votre route maintenant. Pensez-vous qu'on puisse un jour vous retrouver dans un autre registre ?


- Ce sont toujours des étapes. Pour l'instant, c'est comme ça, mais je laisse venir les choses, cela dépendra des rencontres que je ferai. Je me suis aperçu qu'il n'était pas bon d'avoir des idées trop pointues ou trop précises.




1 Jean Guidoni, Chanter n'est pas jouer, L'Archipel, 2003
2 http://blog.myspace.com/jeanguidoni