Mona Heftre

Interprète, auteur, comédienne

   
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Embrasse-moi (2004)
 
 

"Quand il l’a vue, il l’a reconnue et ne l’a plus perdue de vue"... Serge Rezvani, touché par l’interprétation si juste des ses textes par Mona Heftre (voir TantŁt rouge, tantŁt bleu publié en 2000), s’est remis au travail, offrant une vingtaine de nouvelles chansons à celle qui déclarait alors ne vouloir rien chanter d'autre que Rezvani.
De ces vingt nouvelles chansons présentées sur scène pendant plus de deux ans, Mona n’a gardé que la moitié pour ce disque enregistré en public, Embrasse-moi, et heureusement car toutes ne passaient pas la barrière de la curiosité.
Ici encore deux titres superflus: "Ma meilleure amie" et "Amour d‘enfance", qui font figure de pastiche. Ou comment Rezvani tout à la fois se caricature lui-même et l’époque qu’il avait si bien dépeinte jusqu’alors. Un exemple de cette ancienne légèreté devenue lourdeur: "Moi j’ai surpris mon amie / Comme chez elle dans mon lit avec mon ami / Du même coup je m’retrouve seule / Toute seule dans la vie / Sans ami, sans meilleure amie / Comment faire pour surmonter une telle avanie…"
En revanche, Rezvani reprend la main lorsqu’il devient plus grave, de cette gravité dont Mona Heftre est sans doute la boussole et qui les unit sur ce disque.
"Les années Lula" en particulier, nouvelle déclaration d’amour de 2'46 à celle depuis longtemps déjà romancée, chantée, peinte, peut-être la plus touchante de toutes. L’interprétation de Mona Heftre donne tout son sens à l’angoisse de la mort, de la séparation, mettant au second plan le bonheur d’avoir vécu ensemble. La contrebasse tragique et l’accordéon plaintif sont au diapason de la chanteuse.
Ou encore "Les chagrins d’amour", la plus réussie de ces nouvelles chansons, où Rezvani semble vouloir se renouveler. C’est un exercice de style, une réécriture qui inverse avec malice le sens de "Plaisir d’amour", la célèbre et ancienne romance de Claris de Florian et Martini: "Les chagrins d’amour ne durent qu’un instant / Quand plaisirs d’amour durent toute la vie / Et plaisirs d’amour qui durent toujours / Disent que notre vie est faite pour l’amour"...
Mona a beaucoup chanté ces chansons sur scène. Dans cet enregistrement en public on la sent plus à l’aise, moins impressionnée en somme par le monument Rezvani qu’elle explore et fait revivre.
Embrasse-moi, ou comment Mona la Vestale est devenue la Muse Melpomène.

 
Didier Dahon, janvier 2005