Dillinger Girl and Baby Face Nelson    
  Point Ephémère(Paris), le mercredi 22 mars 2006
Récitals
  Helena Noguerra, chant. Federico Pellegrini, Chant et guitare, et Stéphane Louvain
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C'est au Point Ephémère à Paris que Dillinger Girl et Baby Face Nelson, le couple de gangsters fugitifs imaginé par Helena Noguerra et Federico Pellegrini (Little Rabbits), a choisi de s'arrêter pour son tout premier concert. Main tamponnée à l'encre, salle ultra-tabagisée, jusqu'au malaise... tout un décorum de "concert rock" un peu suranné, pour ne pas dire plus...
La première partie est introduite par mademoiselle Noguerra elle-même: "Bonsoir, je m'appelle Helena, je vous présente Florence Desnoux [?]. J'ai entendu une chanson d'elle que j'ai beaucoup aimée, je lui ai proposé de chanter ici ce soir, alors elle a écrit trois autres chansons en trois semaines..." Quatre titres seulement, donc, et heureusement, tant la noirceur des textes, sur-soulignée par des roulements d'yeux outrés, et le minimalisme des compositions (boucles avec guitares, répétées à l'infini) sont caricaturaux, et finalement indigents. A-t-on vraiment envie de mourir d'un cancer du poumon pour écouter une mauvaise parodie vocale de Brigitte Fontaine et Dani dévider sa litanie livide et primaire: "Il faudra me scalper la tête, il faudra me casser les bras, il faudra, il faudra..." ?
Le concert de Dillinger Girl and Baby Face Nelson commence ensuite par deux petits films où les deux personnages présentent leur univers: c'est l'Amérique des gangsters (Tucson, Arizona), de Bonnie & Clyde, revue par les sixties françaises (Godard ou Gainsbourg), le tout lui-même revu par l'esthétique du clip vidéo... Dillinger Girl and Baby Face Nelson joue avec les clichés les plus éculés, comme une parenthèse conceptuelle, ou une plaisanterie musicale, dans la carrière d'Helena et du chanteur des Little Rabbits. Mais le pastiche est un genre redoutable qui exige plus de soin et plus de sérieux que ces images vraiment trop faciles, et pour tout dire paresseuses, n'en ont montré.
Heureusement les chansons elles-mêmes seront plus en phase avec le projet. Ce n'est d'ailleurs plus "Helena jeans cheveux longs" qui est sur scène désormais, mais Dilliger Girl, jupe et chemise noires, gestes et poses à la Faye Dunaway. La plupart des morceaux sont écrits en anglais, sur des musiques pop-rock: une sorte de "Fais-moi mal Johnny" américain ("Hit"), un étonnant morceau a capella, harmoniquement remarquable, ou un très réussi manifeste je m'en foutiste ("I don't care... I just want your tongue in my mouth..."), par exemple.
Cependant difficile d'apprécier véritablement les chansons quand les incidents (texte oublié, morceau interrompu etc) se succèdent sur la scène. Certes l'extrême douceur, la simplicité cachée derrière la sophistication d'Helena qui n'arrivait pas toujours à tenir ou à trouver la note, absolvait tout, et nous devenions indulgents. Mais Baby Face Nelson ne pouvant suivre la musique qu'il a pourtant composée, se trompant, laissant Helena au bord du chemin, se mettant en avant (dialogue perpétuel avec le public)... Heureusement que le professionalisme d'Helena, qui reprenait "au rasoir", à l'endroit pile où Baby Face Nelson s'était arrété, permettait au groupe d'emporter le morceau. La belle a plus d'un tour dans son sac, comme ce sourire si particulier (même lorqu'elle chante quelque chose comme "I want to die", avec un souci de distanciation si appréciable), le même sourire qui permet sans doute à Dillinger Girl de braquer des banques...
Le concert s'achêve sur une reprise inattendue de "Heart of glass" de Blondie. C'est amusant.
Nous regagnons vite les bords du canal pour respirer tant nous manquions d'oxygène. A la Cité de la Musique en avril prochain, l'ambiance sera différente, peut-être même que Baby Face Nelson aura répété. Peut-être que le concept aura été peaufiné. Quoi qu'il en soit, la lumineuse Dillinger Girl, elle, n'aura besoin de personne ("... en Harley Davidson..."), pas même d'un hommme ("... au minimum...") pour continuer sa route. Il paraît même qu'elle se déguise parfois et qu'on la rencontre sous le nom d'Helena Noguerra...

   
 

   
 

Didier Dahon, mars 2006