Annick Cisaruk

Interprète

   
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On croyait perdu l’art de l’interprétation, jusqu’au jour où, presque par hasard, on découvre un disque d’Annick Cisaruk. Celle-ci pioche dans le répertoire (Vian, Aragon, Ferré, Barbara…) et décide de faire revivre, parfois sublimer ces chansons, réussissant même souvent à faire oublier celles (et ceux) qui les ont chantées avant elle. Mais ce qui frappe surtout, c’est sa capacité à allier une diction de comédienne à une incroyable maîtrise vocale. Rarement, en effet, les comédiennes qui chantent ont eu une voix aussi pleine, claire (à part peut-être Magali Noël, à qui elle emprunte d'ailleurs quelques titres); et, inversement, rarement les grandes et belles voix ont su préserver le mot, et dire, voire "jouer" la phrase.
La beauté du timbre subjugue d’abord. Depuis combien d’années la chanson française ne nous avait-elle pas offert une voix aussi belle et généreuse, d’une santé aussi simple et en même temps maîtrisée ? Car elle semble pouvoir tout faire: sa tessiture ample lui permet de monter sans difficulté, sans efforts; sa technique lui assure une grande souplesse (par exemple, elle intègre parfaitement son souffle à la ligne de chant), ce qui est d’autant plus stupéfiant qu’elle n’a pas pris de cours de chant. Son timbre, son swing parfois voilé de mélancolie nous font penser à Christiane Legrand, ce qui n’est pas un mince héritage.
Cependant beaucoup se seraient satisfaits d’un tel instrument. Pas Annick Cisaruk, qui le met au service du texte: la diction est parfaite, chaque syllabe est à la fois prononcée et liée grâce à un subtil legato. Sa formation de comédienne ( le Conservatoire), ses nombreux rôles (Brecht, Wedekind etc, pour Marcel Bluwal, Giogio Strehler, Patrick Guinand etc) lui permettent de dire les mots avec force, de tout son corps, sans jamais tomber dans le cliché de la surinterprétation théâtrale.
Tout le talent d’Annick Cisaruk est de nous égarer: d’où vient ce bouleversement dont nous sommes victimes ? De la comédienne qui chante, ou de la chanteuse qui joue son texte ?
Les deux évidemment, pile et face d’une même pièce, intrinsèquement liés. L’art du chant d’Annick Cisaruk est une monnaie rare et précieuse qui permet d’accéder au plus haut de la chanson française.

Didier Dahon, novembre 2004

http://acisaruk.free.fr/ [Site officiel]