Barbara Carlotti    
 

Festival de Monbijou (Berlin), le 22 juillet 2008

Récitals
  Avec Jean-Pierre Petit à la guitare, Benjamin Esdraffo aux claviers, Laurent Saligault à la basse, Raphael Léger à la batterie
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Nous redoutions que la pluie estivale berlinoise ne compromette la tenue du concert de Barbara Carlotti au Monbijou Festspiele, mais grâce à un soleil timide, nous pûmes finalement prendre place sur les gradins du petit amphithéâtre en plein air et observer le public s’installer : décontraction très allemande (shorts, marcels, débardeurs, tongs…) de curieux un peu perdus, venus écouter de la « chanson française », bières, limonades et latte macchiato à la main. Ne manquait que la légendaire berliner curry wurst pour donner la dernière touche à une atmosphère de « débraillé nature » qui nous semblait en décalage complet avec le personnage et les concerts de Barbara Carlotti, ou du moins ce que nous en attendions, sur la foi (entre autres) de ses concerts de février dernier à la Cigale : la chanteuse avait alors fait son entrée une flûte de champagne à la main, chaussée d'escarpins vertigineux en astrakan (elle l'avait précisé pendant le concert avant d’ajouter pour ceux qui n’auraient pas saisi : « C’est très rare »), sur une scène décorée de lys blancs alanguis... Bref nous étions bien loin de Paris sur les galettes en mousse gracieusement confiées par les organisateurs, face à une petite estrade d’où débordaient toutes sortes de plantes vertes et où, finalement, Barbara Carlotti se présenta, vêtue de noir, et commença à chanter "Les Femmes en zibeline" après avoir lancé d’un air grave et lointain un « Guten Abend » qui semblait aussi irréel que tout le reste...
Mais la voix de Barbara Carlotti efface tout en un instant : Barbara Carlotti chante comme on jouerait avec les rayons du soleil, entre les ombres et les lumières ; tantôt la prononciation d’un seul mot éclaire la chanson, dévoile le sens, les intentions, et il nous semble tout comprendre. Tantôt la voix reprend le dessus, se fait enveloppante, et plus rien n’a d’importance, on oublie le texte, la signification et le reste pour se laisser porter par un lalalala ensorcelant... Le corps, lui, ne trouve sa place sur la scène qu'avec le "Chant des sirènes" : Barbara Carlotti commence alors réellement à s’amuser et propose, après le titre suivant ("Cannes"), de parler uniquement en français, s’excusant d’un « I can translate difficily » énigmatique. Ni manque de politesse ni paresse linguistique, Barbara Carlotti quitte l’anglais pour le français comme on abandonne le vouvoiement pour le tutoiement, parce qu’un lien s’est tissé au fil des refrains. Car la chanteuse a envie de parler, de raconter la beauté de son village corse, son plaisir de chanter à Berlin, ou encore l’histoire abracadabrante de ce lord anglais parti en Australie et photographié un opossum entre les bras (elle en profite d’ailleurs pour préciser en anglais qu’un opossum, « it’s between a cat, and a rat »). Et peu à peu, entre ses plaisanteries, ses jeux de mots sur Lied (« chanson » en allemand) et le mot anglais leader, et sa gestuelle, Barbara Carlotti revêt le costume d’un personnage comique : le masque de chat noir mal mis, toutes griffes sorties ("Mademoiselle Opossum"), sa danse folle avec un spectateur volontaire ("Vous dansiez"), son twist débridé ("Paris Plage")… L’interprétation de "Bête farouche" est la parfaite illustration de sa drôlerie : assise sur le devant de la scène, sans micro et uniquement accompagnée de son guitariste, Barbara Carlotti jongle entre distance et complicité. Elle fait retentir les rimes en « ouche » comme une amie de longue date soulignerait les moments particulièrement cocasses d’une vieille anecdote, le tout très loin du sérieux et du solennel qu’un épisode acoustique ou a cappella entraîne le plus souvent (imagerie du chanteur qui s’offre nu à son public, sans le moindre artifice technique et sans les barrières qu’impose l’estrade etc.).
Barbara Carlotti fait de son concert une pièce de théâtre joyeuse et montre au passage qu'elle sait parfaitement exploiter les lieux qu'on lui confie : les épais rideaux gris qui encadrent la scène, les plantes qui forment un décor improbable, même la bâtisse derrière la scène qui sert aujourd’hui d’atelier de costumes pour le théâtre... tout cela qui pouvait dérouter, sert en définitive le propos d'une chanteuse qui cherche désormais à donner un spectacle plutôt qu'un simple concert. A Paris comme à Berlin.

   
 

   
 

France de Mougy (texte et photographies), août 2008

   
 

   
 

   
 

 

   

1. Les Femmes en zibeline
2. Changement de saison
3. Le Chant des sirènes
4. Cannes
5. Anaïs
6. Tunis
7. Mademoiselle Opossum
8. La Lettre
9. Mélodie de la dernière pluie
10. Vous dansiez
11. Pour la nature
12. Charlie the model
13. Ici
14. The loneliest person in the world
15. Kisses
16. Idéal

Rappels :

17. Paris plage
18. Bête farouche
19. It must be love