Dillinger Girl and "Baby face" Nelson    
  Bang ! (2006)
 
 
 
   
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Filer aux Etats-Unis pour y enregistrer un disque dans la plus grande liberté, sans le poids d'une industrie trop lourde - mais surtout pour se frotter à cette Amérique imaginaire qui fascine tant et tenter d'en capter l'esprit: tel est le pari d'Helena Noguerra et de Federico Pellegrini (ex Little Rabbits) qui ont créé pour l'occasion Dillinger Girl et "Baby Face" Nelson. Malheureusement jouer avec les clichés ou les mythes (fussent-ils ceux de la sous-culture populaire américaine) est une entreprise bien plus périlleuse qu'elle n'en a l'air, et l'escapade outre-Atlantique des deux figures de la french pop se révèle un fiasco.
Il y a d'abord le choix du concept lui-même (deux braqueurs à la Bonnie and Clyde), tellement rabâché, tellement épuisé que le duo croit nécessaire de l'expliciter sans cesse, de le décliner, alors que les chansons (même reliées par un fil directeur) auraient dû se suffire à elles-mêmes. (Se vérifie une nouvelle fois que plus "l'artiste" détaille ses intentions, plus l'oeuvre risque de se révéler creuse).
Car les compositions ne sont pas à la hauteur du projet: répétitives, rudimentaires, peu mélodiques, prosaïques le plus souvent, à l'image de l'affreux "Smile", du crispant "Changes", du totalement insignifiant "Miss" ou du très paresseux pastiche folk "Dillinger girl". Parfois c'est de la scène rock française circa 1997 (Louise Attaque ou... Little Rabbits) que Federico Pellegrini semble s'inspirer, comme pour "Love" ou "Move", aussi peu américains que possible. Quelques choeurs ou harmonies vocales (certes minimales) viennent à l'occasion éclairer un morceau ("Stop", "Hit" ou "Share", sans doute les meilleurs titres de l'album) et tenter de sortir l'auditeur d'une torpeur musicale rédhibitoire, laquelle est encore accentuée par la guitare monotone de "Baby Face" Nelson (l'unique instrument du disque) et le chant parfois ingrat de Dillinger Girl (en concert le duo est plus convaincant sur ces deux points précis). On a d'ailleurs parfois du mal à reconnaître Helena Noguerra: par exemple où diable est-elle allée chercher cette voix de canard sur "Smile" ? (Elle dit vouloir "moins faire la crooneuse", et c'est bien dommage: on la préfère vocalement plus crâneuse en effet.)
La faiblesse des compositions ainsi que le minimalisme, pour ne pas dire l'indigence de la réalisation musicale, accentuent considérablement l'aspect potache (cf. les photomatons en couverture) d'un disque qui semble confondre virée entre copains et exercice de style. Car jouer avec des stéréotypes exige le plus grand soin et la plus grande précision. Et pour imiter le cool américain, il faut bien autre chose qu'une prononciation molle et fatiguée. De même que pour transformer "Heart of glass", le chef d'oeuvre disco pop ultra-produit de Blondie, en une parodie cheap, amusante et stupide (intitulée "Super believe"), il fallait plus qu'une "drum machine" paresseuse et vraiment cheap... Peut-être simplement un peu de sérieux, la qualité indispensable à tout pastiche ?
Bang ! sonne en définitive comme un coup de pistolet à eau... Si vous souhaitez revisiter l'Amérique depuis la France, écoutez plutôt "Emma et Vienna", très belle vignette néowestern de Mikado, ou même... "Bang bang" interprété par une Sheila qui, malgré tout (et peut-être malgré elle...), parvient à laisser filtrer un peu de cette odeur de poudre si caractéristique de la chanson de Sony Bono - bien mieux en tout cas que ce Bang ! extraordinairement inodore et inoffensif.

   
       
  Didier Dahon, juillet 2006    
       
  1 Stop
2 Stranger
3 Share
4 Changes
5 Hit
6 Love
7 Believe
8 Dillinger Girl
9 Move
10 Puke
11 Smile
12 Miss
13 Work
14 Super believe
   
       
  Tous les titres sont écrits et composés par Baby Face Nelson, excepté "Super believe", adaptation par Dillinger Girl de "Heart of glass" de Blondie (D.Harry/C.Stein)    
  Produit par "The Dillinger Mob"    
  Photo: Dillinger Girl    
  CD Universal 983 767-9