Arielle Dombasle    
  Glamour à mort (2009)
 
 
 
   
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Avec ses merveilleux recoins rohmériens et ses grands boulevards populaires, la carrière discographique d'Arielle Dombasle est plus riche et plus complexe qu'on le croit souvent. Pourtant ce disque, qui vient après les explorations plus ou moins réussies de répertoires successivement lyriques, religieux, sud-américains et chansonnesques, est son tout premier véritable album original — autant dire, pour son principal auteur, Philippe Katerine, un terrain paradoxalement à la fois vierge et balisé... Surtout un terrain difficile : quelles mélodies pour cette voix si familière ? Et quelle écriture pour ce personnage que tout le monde croit connaître ?
Pour faire du neuf par amour du neuf ou par conviction réelle, beaucoup auraient tâché d'éviter les clichés dombasliens, ou auraient cherché à les prendre à rebours, à les "interroger", à les déconstruire etc. Philippe Katerine, lui, à l'inverse, semble avoir choisi d'ouvrir tranquillement le livre de la légende dorée d'Arielle Dombasle et d'en considérer chaque image frontalement, sans ironie ni second degré, afin d'obtenir, par un lent processus d'appropriation, d'infusion et de mélange (avec ses propres marottes), une sorte d'extrait pur, de quintessence dombaslienne, que personne jusqu'alors, n'avait réussi à synthétiser. Génie captateur de Philippe Katerine qui, tout en étant paradoxalement très présent dans l'album, sait faire parler son interprète dans sa propre langue, à tel point que ce portrait en douze chansons pop est finalement une sorte de magnifique autoportrait assisté où Arielle Dombasle apparaît à la fois comme jamais et comme toujours : comme toujours vouvoyante exaltée, amoureuse des chaînes de l'amour et du catholicisme, excentrique ultra-parisienne qui n'a pas oublié son jardin mexicain, figure de la mode et de ce que l'on appelle le glamour... Mais aussi comme jamais, seule à Paris faisant l'expérience de l'attente et de la présence du monde, hurlante de désir, animale, ou au contraire plongée dans l'ataraxie...

Revue de détail :

Mon seigneur
Sublime ouverture où nymphomanie et monogamie soumise se mêlent confusément et dans une réversibilité troublante : "Dans les bras des inconnus / Je me revois complètement nue [...] J'ai dansé toute la nuit / Dans les sentiers de l'interdit / Vêtue d'une robe de vapeur / Mais moi je suis à mon seigneur / Quand, quand je dors dans tes bras / C'est des millions de bras / Qui se chargent de moi..." Et merveilleuse alternance entre l'avancée insinuante des couplets (le récit) et le statisme flamboyant du refrain (la proclamation).

Glamour à mort
Le fossé entre couplets et refrain se creuse, mais malheureusement en terme de qualité cette fois, le second ne parvenant pas à prolonger, encore moins à sublimer, les extraordinaires premiers, qui sont ce que la France a produit de plus pur et de plus chic (la harpe !) en matière de disco depuis... well, longtemps.

En Saint Laurent
Extraordinaire ballade synthétique sur le thème de la mort et de l'élégance ("Quitte à mourir / Autant que ce soit en Saint Laurent"), minimale, théâtrale, et qui permet à Arielle Dombasle une interprétation vocale d'une très grande finesse. Bouleversant basculement à 2'03, après l'appel de l'ange, qui transforme la chanson en une sorte de slow bluesy post-mortem (tout à fait ce que Christophe pourrait chanter s'il ne faisait pas le malin avec de pseudo-expérimentations).

A la Néandertal
Ritournelle synthétique obsédante, agressive, laide, gamme ascendante élémentaire pour le refrain, répétitivité, chant impassible de Dombasle : la sexualité animale selon Philippe Katerine. Remarquons qu'Arielle Dombasle, bien sûr, ne manque pas de vouvoyer son "animâle" : "Je vous rends je vous rends je vous rends fou / Permettez permettez permettez-vous / Que je vous que je vous avoue, mais prenez-moi n'importe où".

Extraterrestre
Même base (basse) synthétique omniprésente, mais au service cette fois d'un numéro d'autoparodie assez vain (les maigres vocalises de Dombasle, les "Ahahah" de Katerine...). Seule faute de goût de l'album.

Petit chaton
Certains poètes ont chanté le bonheur de l'inconscience animale et même parfois envié la paix de ce repos absolu. Arielle Dombasle et Philippe Katerine, elle avec ses incroyables "Miaou, miaou, miaou", lui avec sa grâce mélodique, offrent à la pop française sa première (?) ode à l'instant parfait, au merveilleux néant animal, à l'accord de la bête et de l'univers, à la dissolution de l'être dans le grand tout. Ajoutez de longues phrases de violons et une trompette à la fin, et vous obtenez un chef-d'oeuvre de quatre minutes dix-neuf secondes, à écouter des après-midi entières allongé sur la moquette au soleil, entre viduité et plénitude.

Poney rose
L'introduction au piano, inquiète, énervée, contraste avec l'extase paisible de la chanson précédente. C'est sans doute parce que Dombasle, quittant les rives de la philosophie, aborde la difficile, la quotidienne, la prosaïque question du moyen de transport. Métro ? Avion ? Bateau ? Non, poney rose. (La chanson révèle toute sa saveur sur scène, où elle devient un petit numéro de music-hall).

Saint Sébastien
Musicalement et thématiquement cette chanson est le pendant chrétien d'"A la Néandertal", et permet d'ailleurs une singulière exégèse, car tout se passe comme si, pour Katerine Dombasle, le Christ avait été l'agent d'une profonde transformation de la sexualité, laquelle serait passée, par Sa grâce, de la froide, brutale, mutique et animale mécanique néandertalienne, à l'exaltation de la jouissance de la chair (d'où les cris de douleur orgasmique de la chanteuse). Autrement dit, si nous jouissons, et a fortiori si nous aimons crier notre jouissance, ce serait grâce au Christ.

Rue Saint-Benoît
Bouleversante chanson syllabique, à la fois intime, amoureuse (l'absence, l'attente) et cosmique (ce qui relie les minuscules événements), parisienne et universelle... Magnifique interlude de clavecin, et tout aussi magnifique interprétation de Dombasle (par exemple les couleurs sur le "Vous êtes ici" final).

El santo
Apparemment cette "chanson" évoque une rencontre de catch sous la forme d'un commentaire sportif. Très violent et inécoutable (en tout cas nous n'avons jamais pu en écouter plus de dix secondes). [Skip]

Seule à seule
Ballade acoustique où l'on est heureux de retrouver le Katerine néo-sixties... jusqu'à l'entrée des violons à 1'46, qui marque le début d'un très long postlude extatique où la voix de Dombasle, extraordinaire de grâce puérile, se mêle à des chants d'oiseaux...

Sor Juana
Dans la même foulée 60's et ornithologique, avec cette fois quelques nuances de Michel Legrand dans le phrasé des couplets et les choeurs, une confession de Sor Juana, un air final si beau harmoniquement et si parfaitement interprété par Dombasle, qu'on se prend à remercier Dieu en lequel on ne croit pourtant pas d'avoir réuni la belle et la bête (et Sony d'avoir publié le résultat de leur rencontre)...

Glamour à mort est sorti il y a trois ans. L'esthétique comics de la pochette rose et argentée a perdu depuis longtemps son semblant de fraîcheur hideuse. Le digipack, comme tous les digipacks, a très mal vieilli. Commercialement l'album est "mort" tout de suite avoir très peu existé, et Dombasle comme Katerine sont déjà passés à autre chose. Mais pas nous, qui y revenons souvent, non pas comme à une curiosité amusante ou plaisante, mais comme à une merveille pop qui éblouit d'une évidence secrète, comme l'âme d'une mystique contemplative dans un corps de Vénus dansante.

   
       
  Jérôme Reybaud, avril 2011    
       
  1 Mon seigneur
2 Glamour à mort
3 En Saint Laurent
4 A la Néandertal
5 Extraterrestre
6 Petit chaton
7 Poney rose
8 Saint Sébastien
9 Rue Saint-Benoît
10 El Santo
11 Seule à seule
12 Sor Juana

   
       
  Paroles et musiques : Philippe Katerine, sauf 7 (Philippe Katerine / Marjane Satrapi), 10 (Arielle Dombasle / Philippe Katerine / Gonzales)    
  Réalisation : Philippe Katerine, Gonzales, Renaud Letang    
  Photograhies : Sofia Sanchez et Mauro Mongiello    
  CD Sony Music 88697 496902