Olivier Libaux    
  Imbécile (2007)
 
 
 
   
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On a pu reprocher à L'Héroïne au bain, le premier "opéra pop" d'Olivier Libaux, une intrigue simpliste, qui n'empêchait pas cependant quelques merveilleux numéros. Imbécile, deuxième tentative dans un genre toujours aussi rare, et risqué, présente le défaut exactement inverse : on a beau écouter et réécouter l'album, lire avec la plus grande attention les lyrics, on ne comprend pas ce qui se passe entre Fernand, Hélène, Thérèse et René, les quatre personnages inventés par Olivier Libaux, ce qui est d'autant plus frustrant que les photographies du disque sont non seulement belles, et amusantes, mais surtout habitées d'une lourde charge romanesque que le livret de l'opéra pop ne parvient jamais à réaliser. De quoi discutent ces deux couples, au moment de l'apéritif, en buvant un Martini ou un Ricard ? Que cachent leurs sourires figés ? Que signifient, dans les portraits, leurs mines tristes ? Autant de questions auxquelles la suite de numéros ne répondra pas, malgré quelques indices perdus ici ou là entre des couplets essentiellement généraux (sur "L'amour à la française" par exemple) ou vagues (sur la mort ("J'en ai marre de la mort", ou l'hypocrisie ("Ils sont marrants les gens")).
On a pu également reprocher à L'Héroïne au bain des arrangements un peu hétéroclites. Imbécile là encore prend le contrepied de son prédécesseur, et soigne la continuité musicale, au risque d'une certaine uniformité : quasiment tous les numéros commencent de la même manière, par quelques accords d'une guitare bizarrement réminiscente de Brassens... D'ailleurs mélodiquement et rythmiquement aussi, la simplicité de Brassens semble la règle, et l'on regrette amèrement la grâce mélodique de "La recette de l'amour" ou de "L'Héroïne au bain" (L'Héroïne au bain).
Alors que reste-t-il d'Imbécile ? Le plaisir d'entendre la voix et le phrasé de Barbara Carlotti dans un autre répertoire que le sien, par curiosité, pour voir et pour jouir (surtout après l'expérience ratée de sa reprise de "Et Paul chantait yesterday" sur l'album Michel Delpech &) ; le plaisir de l'effet de troupe, de famillle ou d'école (Katerine, Noguerra, Carlotti et Nataf) ; enfin quelques beaux instants, comme "L'amour à la française", sorte de chanson à boire à la fois drôle et fine, et surtout "Je prends l'air et je prends l'eau", le numéro final, dont la splendeur à la fois harmonique et orchestrale exalte l'ambiguïté légère du propos : jamais suicide n'aura paru aussi calme, silencieux, apaisé et mystérieux. Reste aussi, bien sûr, au crédit d'Olivier Libaux, l'ambition, le risque, l'originalité, qui nous font désirer, déjà, une nouvelle tentative d'opéra pop, ou même le chef d'oeuvre du genre - celui-là même qu'il nous doit et qu'il réussira un jour ou l'autre.

   
       
  Jérôme Reybaud, Juin 2007    
       
  Philippe Katerine dans le rôle de Fernand
Helena Noguerra dans le rôle de Hélène
Barbara Carlotti dans le rôle de Thérèse
JP Nataf dans le rôle de René
   
       
  Textes, musiques, idée originale et réalisation : Olivier Libaux    
  Photographie : Yves Bottalico    
  CD Discograph 6132932